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BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

lundi 18 décembre 2017

Joël GAYRAUD, LA PAUPIÈRE AURICULAIRE, Éditions José CORTI, 2018 ◘ - ◘ PRÉSENTATION PUBLIQUE par Joël GAYRAUD : 5 mai 2018, 17 heures, Maison André Breton, place du Carol, 46330 Saint-Cirq Lapopie et 12 mai 2018, 12h30, Halle Saint-Pierre, 2 rue Ronsard, 75018 Paris



Joël Gayraud, La Paupière Auriculaire,
Collection Domaine français

Éditions José Corti, 2018
54 pages, 19,50 €

LIEN → ICI



Éditions Corti
60, rue Monsieur-Le-Prince
75006 Paris

corti46[at]orange.fr


COMMANDE : les livres des éditions José Corti sont diffusés dans toute bonne librairie via CDE-Sodis.


◘ 


~ RENCONTRES   À  VENIR ~





Source visuel → ici


A noter que Joël Gayraud, poète, membre du Groupe surréaliste de Paris, essayiste, présentera :

1 •   outre « Plus vivants que jamais »
de Pierre Peuchmaurd, préface Joël Gayraud, éditions Libertalia 


 son dernier livre « La Paupière Auriculaire »

le samedi 5 mai 2018, 17 heures, à la Maison André Breton, place du Carol, 46330 Saint-Cirq Lapopie.








Source : Revue américaine Peculiar mormyrid (N°6) 

Article complet → lien ici


*


2 •   Seulement son livre
« La Paupière Auriculaire »


 le samedi 12 mai 2018, à partir de 12 h 30, à la Halle Saint-Pierre, 2 rue Ronsard, 75018 Paris.



* *





« Harcelé par le brouillage et la cacophonie médiatiques, l’homme contemporain est menacé de surdité mentale et émotionnelle. Il a le plus grand besoin d’interposer une paupière protectrice entre son oreille et le déluge d’informations qui l’assaille. C’est seulement ainsi qu’il pourra filtrer ce qui a du sens et mérite d’être pensé. Pratiquant cette écoute sélective, l’auteur interroge, sous forme de fragments allant de l’aphorisme au petit essai, tout ce qui, au fil des jours, sollicite sa vigilance ou sa rêverie : entre autres thèmes sont abordés ici le sens du mythe, la projection utopique, les passions de l’amour, notre rapport à l’animal et à la nature, le statut de l’objet, du langage et du livre, l’expression artistique, de Corot au Street art, de Kafka à Rimbaud, non sans quelques excursus philologiques et philosophiques du côté de Spinoza, Leopardi et Levinas. Une dérive ironique et critique qui cible les impostures toujours plus nombreuses sur le marché et exalte les occasions d’émerveillement qui se dévoilent dans les interstices d’une vie menée sous le signe de la poésie. » Note de l'éditeur



~ EXTRAITS ~



Extraits ouverts par une citation :

Que seraient nos yeux sans ce qui les protège – sans
les paupières ?
Elias Canetti, Le Collier de mouches, 27


1
Une prochaine mutation de l’espèce humaine pourrait se traduire par le développement continu du tragus de l’oreille, ce petit triangle de chair protégeant déjà partiellement notre conduit auditif, et qui se transformerait au bout de quelques générations en une véritable paupière auriculaire. Plus épaisse que celle qui couvre notre œil, cette paupière serait, comme elle, rétractable à volonté, et nous permettrait de soustraire notre oreille interne aux volumes sonores excessifs auxquels nous sommes aujourd’hui toujours plus exposés. Chez les animaux, de même que chez ceux qu’on appelait encore naguère les primitifs, le bruit joue le rôle d’un signal, d’un avertisseur, indiquant le plus souvent la présence d’un danger. Voilà pourquoi l’oreille doit être maintenue sans cesse en éveil, et l’on sait que la finesse de l’ouïe est un facteur important de survie dans la lutte entre les espèces. Ceci explique l’existence d’un pavillon, parfois mobile et très développé, comme chez les ânes, susceptible de recueillir les sons les plus ténus ou lointains et de les guider à travers le conduit auditif vers le tympan, où ils seront analysés comme autant de mises en garde potentielles. […]


*

2
Pour les Iroquois le monde est né d’un rêve, et c’est à préserver ce rêve afin que le monde ne se défasse pas que l’art est consacré. Or l’art majeur, chez eux, est celui du perlage. Peut-être le lointain voyant qui a inventé cet art avait-il eu, comme les Abdéritains, la profonde intuition que la matière n’est pas une étendue continue, mais est formée d’atomes, dont il a fait des perles le symbole. Et, bien entendu, cette structure atomique, c’est en rêve qu’il l’aura conçue.


*

5
C’est avec l’aide d’une bonne oreille que l’on peut voir l’avenir. Car la vision est d’abord une écoute du temps.

*

7
C’est à Étienne Eggis, un poète excentrique et bohème aujourd’hui bien oublié, petit-neveu de Senancour, que nous devons l’un des plus jolis mots de la langue française, l’adjectif «ensoleillé». Étant donné la faible audience des recueils d’Eggis, ce mot ne serait peut-être jamais entré dans le vocabulaire de tous les jours si Théophile Gautier ne l’avait repris et définitivement imposé. Cet exemple me semble lever un coin du voile sur la formation collective des mots ou des expressions dans la langue parlée: il y a d’abord une trouvaille, due à un poète, fût-il le plus illettré des paysans, puisque toute trouvaille en matière de langage a quelque chose de poétique; ensuite, il faut que cette trouvaille rencontre au moins une oreille, qui soit elle-même sensible à la poésie qu’elle recèle; et enfin, un transmetteur – qui peut, comme dans le cas de Gautier, être le possesseur de cette même oreille – apte à reprendre avec suffisamment de conviction et d’autorité le nouveau mot ou la nouvelle expression pour parvenir à les populariser.

*

8
La dénomination courante des végétaux traduit souvent leur apparence sous forme d’une image aux résonances lyriques ou mythologiques, et leur nom savant, qu’il soit d’origine latine, grecque ou orientale, est presque toujours poétique par sa sonorité même. Si nous prenons notre dictionnaire par la fin, et cueillons dans la dernière page le très méconnu zorumbeth, nous y apprendrons que cette plante commune du nord-est de l’Inde est proche du gingembre, faisant ainsi partie de la famille des zingibéracées; et qu’à ce titre, elle est classée comme l’amome ou le curcuma dans le genre des Zédoaires. Ne sommes-nous pas déjà en partance pour l’Orient des mythes et des contes, rien qu’à entendre la musique au timbre plutôt baroque et savant des six termes de botanique énoncés dans la phrase précédente ? Mais le zorumbeth a plus d’une manière de s’annoncer: en médecine, où sa racine fleurant le camphre et le laurier a de puissantes vertus sudorifiques, on lui donne le nom aux sonorités délicieusement spleenétiques de longose; et, dans la langue populaire, il dispose de toute une panoplie d’expressions imagées – fleur de mon âme, larmes de la vierge, fleur du paradis ou gingembre coquille – qui vont comme un gant à une plante portant des grappes de fleurs semblables à celles de la glycine, mais au calice blanc nacré couronnant un cœur strié d’incarnat.


► AUTRES EXTRAITS de LA PAUPIÈRE AURICULAIRE → LIRE ICI



° ◘ °



~  Frédéric PAGÈS  ~


LE CANARD ENCHAÎNÉ 


RUBRIQUE : LA VOIE AUX CHAPITRES


LA PAUPIÈRE AURICULAIRE

Ce serait une mutation bienvenue : que le tragus, cette excroissance de chair située à l'entrée du conduit auditif, se transforme en une paupière «  rétractable à volonté », comme celle de l’œil. Protection assurée ! En attendant cet heureux jour, Joël Gayraud cisèle aphorismes et réflexions variées comme autant de filtres contre le boucan extérieur. Il s'interroge sur ces nouveaux prénoms que des parents hypermodernes déposent pour leurs enfants : « Cyanure, Facebook, Anus, @, Anal, Rolling Stones, Ikea, Lady Di », etc.

En bon lecteur de Schopenhauer, il note qu'« une vraie volonté est inconsciente d'elle-même. On ne veut vraiment que sans le vouloir ». Nos petits hommes verts avec une épée sur le côté désolent Gayraud : « Comme le montre jusqu'à l’écœurement l'histoire de l'Académie française, l'immortalité littéraire est une longue maladie. «  Qu'il se méfie de ne pas l'attraper !

Frédéric Pagès, Le Canard enchaîné, 3 janvier 2018


◘ - ◘



~ Richard BLIN ~


R E P È R E S


La Paupière auriculaire de Joël Gayraud

Pour pouvoir se soustraire au déluge sonore qui ne cesse de nous assaillir, Joël Gayraud aimerait que le tragus, ce petit triangle de chair situé à l'entrée du conduit auditif, se transformât en une paupière « rétractable à volonté », une mutation qui permettrait à tout un chacun de n'entendre que ce qui l'intéresse, à l'exemple de ce qui le requiert, lui, dans les 336 fragments – de l'aphorisme à la note plus développée – de ce livre qui fait suite à La Peau de l'ombre.

Il y est question de tout : du statut des objets, de la langue – «  la demeure mouvante de l'être », du tabou du porc, de la « puissance émerveillante d'ébranlement » de la poésie, des raisons pour lesquelles la Vierge Marie apparaît souvent amputée des deux mains dans les statuettes la représentant...

A ces thèmes se mêlent des observations ironiques sur le « rabâchage colorié de l'existant » chez Andy Wharol, la complaisance que manifestait Cioran à son égard ou les euphémismes qui font plus de mal que de bien comme d'appeler l'aveugle « non voyant », le condamnant à une double cécité « en le privant de la vision divinatoire en surcroît de la vision sensible ».

Ces sujets s'entrelacent à des réflexions sur l'oubli, la représentation graphique de l'infini, le style de Céline. S'y mêlent aussi des appels à « la contamination généralisée des âmes » face à « l'hygiène mentale » et même des mises en garde : « la barbarie ne s'annonce pas toujours sous une forme barbare. Elle peut n'apparaître d'abord que comme une régression mineure de la civilisation.» Un roboratif bonheur de penser tant, pour Joël Gayraud, la poursuite de la vérité et celle de la volupté sont « inséparables ».

Richard Blin

Source Article : Le Matricule des Anges (mensuel de la littérature contemporaine), N°191, Mars 2018 → ici



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~ MICHAEL LOWY ~


Écrire au fil de l'épée



Joël GAYRAUD, La paupière auriculaire

Ce remarquable livre est l'héritier d'une noble tradition de fragments poético-philosophiques, qui va des moralistes du Grand Siècle jusqu'aux Minima Moralia de Theodor W.Adorno, en passant par Novalis et Leopardi. Joël Gayraud (JG), poète et essayiste, est quelqu'un dont l'idéal est de "rêver au fil des jours, aimer au fil de la nuit, écrire au fil de l'épée et vivre au fil du rasoir". Un mode de vie qui nécessite sans doute cet instrument dont il est l'inventeur : l'onirolabe, un astrolabe capable de capter les rêves. Les aphorismes et fragments ici rassemblés relèvent à la fois de l'onirique, de la passion, de l'épée et du rasoir : ils constituent une dérive - au sens situationniste et surréaliste du mot - ironique et critique qui cible les impostures modernes sans renoncer à la quête du merveilleux.

Adversaire intraitable de la dictature diffuse de la marchandise et des illusions du spectacle - qui rendent "chaque jour l'air de moins en moins respirable" - JG constate que jamais la société n'a été aussi inégalitaire, mais jamais non plus on a connu un cynisme aussi outrageusement nivellateur : tout se vaut, la trahison comme la loyauté, la sottise comme l'intelligence. JG voudrait en finir avec l'oppression qui "comme l'antique Hécate, revêt trois visages qui s'appellent domination, exploitation, réification". Mais la plus grande menace pour le genre humain est celle qui résulte des ravages de la réification de la nature par le système marchand : le changement climatique, la destruction des derniers espaces vierges, l'extinction massive des espèces. Nous sommes déjà entrés dans les premières spires du labyrinthe où nous attend un Minotaure implacable, produit de la "dénaturalisation achevée de l'homme".

Partisan du matérialisme - au sens d'Epicure - Gayraud n'hésite pas à proclamer que "la poursuite de la vérité et celle de la volupté sont inséparables", puisque "l'activité spirituelle pratiquée ardemment est une activité voluptueuse". Cette volupté spirituelle est aussi, il me semble, au cœur de l'amour, qui constitue, selon notre auteur "un accroissement de l'être", un "excès ontologique" et un "débordement créateur", dont "la seule existence en actes suffit à ajouter de la beauté au monde".

L'auteur s'intéresse à Hugo, Baudelaire, Villiers de l'Isle Adam, Rimbaud, Kafka, mais aussi à Spinoza, Leopardi et Levinas. Mais il croit surtout à la poésie, comme "sens permettant de décrypter le monde" , comme "puissance émerveillante", et comme force émancipatrice : "les mains du poète libèrent les mots de la cage invisible où les emprisonne l’usage courant du langage". Une question lancinante l'angoisse toutefois: la poésie "peut-elle survivre longtemps sans promesse de révolution ?".

Voici un livre précieux, à savourer en silence, séparé par des "paupières auriculaires" de l'infernal vacarme du monde moderne...

Michael Löwy

Source Article : LE BLOG DE MICHAEL LOWY → ici



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Joël GAYRAUD est poète, membre du Groupe surréaliste de Paris et essayiste.

Traducteur de latin (Ovide, Érasme) et d’italien (Leopardi, Straparole, Pavese, Agamben), il publie aussi des articles critiques ou des textes poétiques dans de nombreuses revues françaises et étrangères (Europe, Critique, L’Œuf sauvage, Analogon etc.) → PLUS ICI


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R A P P E L


Chez Corti, Joël Gayraud a publié 
un autre ensemble de textes en 2004 :

La Peau de l’ombre → ARTICLE ICI


► Des extraits de «La Peau de l'ombre» ont été traduits en anglais sous le titre « The Shadow’s Skin », par S. D. Chrostowska. Article paru dans NUMERO CINQ MAGAZINE (mars 2016) → ici

► La publication de cet essai de Joël Gayraud est citée dans l'ouvrage, Kaléidoscope surréaliste, de Miguel Perez Corrales (professeur de philologie espagnole à l'université La Laguna de Ténériffe).
Des extraits de «La Peau de l'ombre» ont paru en traduction dans le numéro 15-16 de Salamandra, la revue du groupe surréaliste madrilène et dans les n°18, mai-juin 2004, n°19-20, juillet octobre 2004, n°21, novembre décembre 2004 de la revue romaine Il caffè illustrato.

►Elise Aru, artiste créant des poèmes-objets en réinvestissant et en détournant les pratiques surréalistes, a publié dans le supplément au n°37 d’En attendant Nadeau, (revue en ligne fondée par la plupart des anciens rédacteurs de la Quinzaine Littéraire) un article The Shadow’s Skin (2017) à propos de sa traduction créative et installation d’extraits en anglais de La peau de l’ombre de Joël Gayraud → ici


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