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dimanche 30 octobre 2016

GROUPE SURRÉALISTE DE PARIS « IL CROYAIT VOIR », Jeu de syllogisme poétique, 2016


Couverture, © Guy GIRARD


Participants : Élise ARU, Anny BONNIN, Emmanuel BOUSSUGE, Claude-Lucien CAUËT, Alfredo FERNANDES, Joël GAYRAUD, Guy GIRARD, Michaël LÖWY, Ana OROZCO, Jean-Raphaël PRIETO, Pierre-André SAUVAGEOT, Bertrand SCHMITT, Sylvain TANQUEREL, Virginia TENTINDO, Michel ZIMBACCA

Illustrations : Guy GIRARD, Jean-Raphaël PRIETO, Pierre-André SAUVAGEOT, Claude-Lucien CAUËT, Élise ARU.


Contacts :
• guy.girard10//sfr.fr
• claude.cauet//orange.fr

(A NOTER : afin de rendre l'e-mail actif,
le signe @ doit remplacer les signes // )


◘ ° ◘


« Le jeu Il croyait voir... a été proposé par Jean-Raphaël Prieto d'après la Chanson du jardinier fou tiré du roman Sylvie et Bruno de Lewis Caroll. Il a aussitôt remporté un vif succès auprès de nous par la production d'images qu'il stimule sur un rythme rapide, et sans doute aussi par sa structure ternaire : un balancement entre deux pôles suivi d'un envoi qui touche. On peut songer aux syllogismes d'Aristote ; mais ici ils ne sont ni démonstratifs, ni dialectiques, ni sophistiques ; ils sont, dirons-nous simplement, poétiques.

Voici comment nous jouons au syllogisme poétique.
Un premier joueur énonce une prémisse sous la forme suivante : «  Quelqu'un (il, elle, je) croyait voir (ou entendre, ou sentir) telle chose, tel événement. ».



© Jean-Raphaël Prieto « IL CROYAIT VOIR »


Contrairement à la majeure d'un syllogisme classique, cette prémisse se soucie comme d'une cerise de la véracité universelle, ou même probable, de sa proposition, « Tous les oiseaux ont un bec », « Tous les hommes sont mortels », etc. Elle énonce plutôt un mirage qui est destiné à être dissipé et qui se pare des attraits de l'imaginaire.

Un deuxième joueur inscrit à la suite une autre prémisse, dite mineure, mais sans connaître la prémisse majeure, car le papier a été plié pour la cacher. Il ne peut y avoir entre elles aucun rapport voulu. Classiquement, la mineure convoque une évidence singulière, « Le canari est un oiseau », « Ma clarinette a un bec », « Socrate est un homme », etc. Notre mineure est plutôt péremptoire, puisqu'elle prétend rétablir les faits : regardant mieux (ou écoutant mieux), le sujet croit comprendre ce qui se trouve vraiment là, ce qui se passe réellement.




© Guy Girard « REGARDANT MIEUX »


Cette réalité est pourtant tout autant illusoire que la première, et c'est ainsi que l'on progresse.

La conclusion est tirée par un troisième joueur dans l'ignorance des deux prémisses, la majeure (l'illusion) et la mineure (la soi-disant réalité). Cette ignorance le prémunit contre toute faute de logique aristotélicienne et lui évite aussi le risque d'énoncer des platitudes. « Donc le canari a un bec », « Donc ma clarinette est un oiseau », « Donc Socrate est mortel », etc. Le mot « donc » se trouve d'ailleurs sans usage, sinon parodique.



© Élise Aru


Seuls le hasard et l'osmose peuvent amener au jour une vérité poétique inédite ».

Claude-Lucien Cauët

°




Sur une idée épatante de Jean-Raphaël Prieto, des membres du groupe surréaliste de Paris (ci-dessus cités) sont entrés dans le jeu pour faire fuser plus de quatre-vingt scènes de vie scéniques aux qualités fulminiques d'aventurières, ou carrément aventureuses. Toutes s'aventurent sur la mine avant-coureuse, riche d'égrisée, du pétaradant coup de théâtre décisif pour une griserie aléatoirement : ou résolument poétique, ou plus hypothétique puisque lorgnant parfois des flammèches de la vie terre à terre.

Isabelle Dalbe


***


1er mars 2016

Il croyait se voir comme dans un rêve analysé par Sigmund Freud.
Regardant mieux, il prend brutalement conscience que ce n'est qu'un chewing-gum collé sous sa chaussure.
Tout cela pour dire que la meilleure façon de ne pas se tromper serait de déboutonner sa blouse et de faire la sieste.


Il croyait voir, mais sa vitesse l'a empêché de voir.
Regardant mieux, il reconnaît que ce n'est qu'une illusion d'optique datant de la création du monde.
« Merdre ! » crie-t-il, en s'évanouissant.


8 mars 2016

Il croyait voir une éclipse de lune, c'est-à-dire une danseuse cachée derrière un voile noir.
Regardant mieux, il n'admire qu'une pastèque qui se dessèche au soleil.
C'est ainsi que les loups sont entrés dans Paris.




© Pierre-André Sauvageot


15 mars 2016

Il croyait voir les sept Chevaliers de l'Apocalypse tombés de cheval.
Regardant mieux, il découvre que c'est son propre visage qui se reflète sur le cuir de sa chaussure cirée.
C'est pourquoi il l'épouse aussitôt.


22 mars 2016

Je croyais entendre le chant du chaman dans la forêt sacrilège.
Écoutant mieux, je reconnais la musique des sphères astrales chantée par Pythagore.
Un seul verre contient toute la musique du monde.


Je croyais entendre le crissement désespéré d'une machine à planter les carottes.
Écoutant mieux, je devine le cliquetis de vos squelettes défilant au pas de l'oie.
Trop de bruit pour écouter quoi que ce soit.


5 avril 2016

Elle croyait voir une étrange lueur verte entre les deux yeux de son voisin.
Regardant mieux, elle surprend le rapace qui fond sur son œil et le cueille de ses serres.
Les coloquintes éclipsent les lunaisons.


12 avril 2016

Il croyait voir une licorne follement amoureuse d'un centaure qui ne sait pas comment gérer la situation.
Regardant mieux, il décèle une faille imperceptible dans le mécanisme quantique de son ennui.
« C'est une nuée d'oiseaux sauvages ! » s'écrie-t-il.



Groupe surréaliste de Paris, extraits



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PUBLICATIONS RÉCENTES

DU GROUPE SURRÉALISTE DE PARIS



• Poèmes en escalier, 2014
• Le Myriapode intermittent, 2015
• Les Pucerons de la frontière, 2015 → compte rendu ici
• L'An 2016
• Les Fondements de la mécanique céleste, 2016

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