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samedi 11 juin 2016

Laurent ALBARRACIN, LE GRAND CHOSIER, Éditions le Corridor bleu






Laurent Albarracin, Le Grand Chosier, le Corridor bleu, 18 €,
184 pages ; 21,5 x 14,5 cm ; broché


Le recueil Le Grand Chosier rassemble des textes dont ­certains ont déjà paru en revue ou dans des éditions confidentielles. Comme le titre l’indique, il s’agit de textes et poèmes consacrés aux choses, dans une lignée clairement pongienne. Mais ils agissent selon la méthode propre à l’auteur, soit une exploration qui use de deux figures principales, la métaphore et la tautologie, utilisées à des fins de connaissance, sans que la dimension finement humoristique ne soit tout à fait absente. Les douze séquences du livre offrent, de la prose au sonnet, diverses approches d’une même vision des choses, à la fois cocasse et spéculative. Note de l'éditeur


► SITE ÉDITEUR → ICI

► En Librairie, le livre est distribué par DAUDIN.


°°°

Le Grand Chosier, paru aux Éditions Le Corridor bleu, a été unanimement salué par la critique comme un nouveau grand livre du poète Laurent Albarracin.

Quelques-unes des lectures de « Le Grand Chosier » : par Florence TROCMÉ (rédactrice en chef de Poezibao, site internet dédié à l'actualité éditoriale de la poésie), Boris WOLOWIEC (poète et critique), François HUGLO (poète et critique), Richard BLIN (critique).




₪  Florence Trocmé  


Journal de lecture

"Le Grand chosier"


de Laurent Albarracin 



Ont été publiées, du 30 janvier au 9 février 2016, dans le Flotoir, site personnel de Florence Trocmé, des notes prises en lisant "Le Grand Chosier" de Laurent Albarracin. (notes remontées en un « journal de lecture » d’un seul tenant) Ouverture du journal ici




D E S  C H O S E S  E T  D’A U T R E S

J’ouvre Le Grand Chosier de Laurent Albarracin. Et tout de suite il m’agrippe avec son excellent texte d’ouverture « Grappin d’abordage ». J’y retrouve sa singulière et troublante manière, sa façon de susciter la déroute en plein raisonnement parfaitement logique en apparence.
La tautologie et le pléonasme me semblent au cœur de son travail, mais ils s’arrachent ici au cliché pour trouver une dimension autre, presque métaphysique. Un peu à la manière du si troublant Je suis Celui qui suis de la Bible. Laurent Albarracin prend un terme, un objet : ici successivement le grappin d’abordage (il vous prend une irrésistible envie d’aller voir exactement comment est un grappin d’abordage ou plutôt de vérifier si on a bien construit la bonne image à partir des données extrêmement précises du texte), le poirier puis divers ingrédients, tel le miel ou la semoule. Il a cette formule énigmatique, faire l’axiologie de soi, qui s’éclaire un peu en cherchant la signification du mot axiologie : science des valeurs philosophiques, esthétiques ou morales visant à expliquer et à classer les valeurs.


D U   M U T I S M E

À propos du poirier : « mutique quoiqu’il crie son mutisme » Est-ce bien du seul poirier qu’il s’agit ici ? La formule ne s’applique-t-elle pas à tant d’écrivains depuis des décennies, tous ceux-là, si nombreux, parfois admirables, qui s’interrogent sans fin sur l’impossibilité d’écrire mais qui écrivent néanmoins cette impossibilité.


A L B A R R A C I N   E T   PO N G E

Je me pose alors cette question : Laurent Albarracin n’est-il pas une sorte de descendant, de continuation ou d’expansion même de Ponge, que je viens tout juste de quitter, en refermant le livre de Philippe Jaccottet (photo de l’écrivain avec sa femme et Anne -Marie Jaccottet à la fin de Ponge, pâturages, prés).


R É P É T I T I O N   ÉV I D A N T E

Souvent cette technique chez Laurent Albarracin d’un mot répété jusqu’à plus soif. Un peu comme le fait l’enfant, soit avec un mot soit avec une formule qui interroge sa propre identité ( qui suis-je ?), finissant par vider le sens apparent du mot ou de soi et par susciter un vertige terrible et fécond. Le mot est varié, repris, déformé et reformé, affirmé sur un fond d’évidence et d’autorité qui finissent par l’évider de tout acquis. Il y a une logique imparable qui mène à une forme d’absurdité sans être pour autant un jeu vain et creux. À force de s’interroger, on s’interroge dirait peut -être Laurent Albarracin.

[…]


P E T I T E S   M A C H I N E R I E S

Un peu comme certains textes de Ponge (je pense à l’admirable description d’une ondée dans une cour), les textes de Laurent Albarracin fonctionnent comme des petites machineries implacables et parfaites qui nous prennent dans leur engrenage. Je n’entends plus la pluie de la même façon depuis que j'ai lu ce texte de Ponge, je ne mangerai plus de miel de la même manière, maintenant que j'ai lu celui de L. Albarracin. Ils sont très forts tous les deux, se plaçant à la frontière, à la charnière des mots et des choses.
Et curieusement, ouvrant les Minima Moralia d’Adorno, pour une courte plongée, je découvre cela, qui me semble tellement en phase avec tout ce que je viens d’écrire (si je comprends bien la phrase d’Adorno qui est passablement difficile) : « Seul ce qui n’a pas été prouvé démasque la tautologie que cache la démonstration » ( n°82, « garder les distances », in Theodor W. Adorno, Minima Moralia , Réflexions sur la vie mutilée, trad. d’Eliane Kaufholz et Jean-René Ladmiral, Petite Bibliothèque Payot, 2003)



P E T I T E   M É T A P H Y S I Q U E   C U L I N A I R E

Je continue ma lecture délectable du Grand Chosier de Laurent Albarracin. Je passe par le sel, « poudre d’épée que le sel, du gravier philosophal dans l’allée du plat » (26), je trouve quelques accents qui me font songer à La Bruyère. Je note cela qui résume bien l’entreprise, ici, de cette exploration de quelques ingrédients : « nous tirons des seaux de la grande inertie des choses. »

[…]


D U    C A I L L O U

Superbe texte sur le caillou dans Le Grand Chosier qui me parle intimement. Je suis une ramasseuse de cailloux. J’ai des fioles, des tubes à essai, des soucoupes, des vases, des bocaux de cailloux. Je détoure aussi des cailloux pris en photo et j’en fait des cailloux-têtes. J’ai souvent un caillou plus ou moins terreux ou boueux dans le fond de mes poches. Je parle aux cailloux et ils m’émeuvent avec leur poids d’enfermement. Je me souviens de ce petit caillou inexplicablement bleu dans le mince sillon de terre tracé dans l’herbe et aujourd’hui recouvert par la végétation. C’était un ami. J’allais lui dire bonjour. Il dort sous la terre . « Cueillir un caillou, c’est rompre une tige au - delà de la délicatesse ». C’est que « les cailloux sont l’affleurement, l’écaille, la paupière d’un très ancien minéral. Les naseaux encore d’un caïman disparu » (p.32)
j’ai entendu aussi passer entre ces lignes Boris Wolowiec et Philippe Jaffeux : « Le cri est parfois une robe. Le hurlement nous ourle. »

[…]


D I M E N S I O N   P H I L O S O P H I Q U E

J’avais déjà souligné la dimension métaphysique de ces textes, je note aussi une dimension philosophique, mâtinée parfois d’une dimension ésotérique, en lisant la très belle séquence « le monde ». Certaines formulations résonnent ici comme des mantras ou des kōans : « le grain de sable est la roue du monde ».
Se confirme ici encore une certaine parenté avec le travail de Boris Wolowiec.
Il y va d’une question de préhension, de dé-préhension, de dépressurisation (sentiment de vertige ici et là suscité chez le lecteur). Cela frappe de plein fouet et en même temps cela fuit : « toujours le monde fait des ronds. Et il les fait comme dans une eau. Dans une eau de même eau que le monde » (p.40). À rapprocher de ces autres ronds dans l’eau : « et revoilà nos ronds dans l’eau. / Ronds dans l’eau qui sont toute la poésie. / rien n’est moins inutile que de faire des ronds dans l’eau. / Puisque c’est jeter avec une agilité folle des cailloux au centre exact de la cible. / Puisque c’est vérifier que le monde se déploie impeccablement autour de notre vaine tentative de l’atteindre. / Que nous l’atteignons au centre de la cible, mais trop tôt, quand la cible n’y est pas encore… » etc. (p.9)

[…]


D E   L’H U M O U R

La dimension d’humour est bien présente aussi chez Laurent Albarracin. Sans doute y -a -t-il un soupçon d’autodérision dans ce travail sur les mots et les choses, un zeste de non-sense à l’anglo-saxonne, une vraie drôlerie parfois un peu grinçante de la platitude assénée, des jeux de mots discrets mais à effet boomerang, voire de brèves allusions scatologiques voilées comme dans le texte où il est question de « scier dans la sciure » (p. 54)

[…]


É C O U T E

Il y a une vraie attention auditive au monde. Mettrait-il son oreille sur les choses et sur les idées, pour en entendre le dedans, la vie intérieure ? : « Il y a un silence / où résonne l’écoute attentive / et l’envie de tout entendre. »

[…]


D E   L A   R U S E

Grand texte énigmatique, difficile sur la ruse. Que l’on aborde avec un a-priori défavorable. On n’aime pas la ruse, ni les rusés, se dit-on. Et si ruse il y a ici, ce n’est pas correct de la part de l’auteur. Oui mais voilà que tout tend à montrer, on le pressent, que la ruse est un atout fondamental de l’écrivain, la ruse qui est ce soupçon de ruse en tout, ce revers de versatilité au veston de toutes choses. (p.72). Montrer, démontrer le revers de versatilité propre à toute entité, n’est-ce pas le propos de L. Albarracin qui nous laisse un peu désemparés devant cette conclusion : « La ruse ne serait qu’une ruse de toute autre chose que la ruse et qu’on ne peut pas nommer en dehors de l’acte poétique pur. »
Il y aurait de la ruse dans l’acte poétique ? Quelle question ! Quelle claque si c’était vrai… ! Mais il est vrai que c'est une toute autre chose que la ruse. On est bien ici en prise avec cette aporie sur laquelle on bute constamment en tentant de définir, cerner, qualifier un peu mieux l’acte poétique. Le fait même de vouloir écrire quelque chose de ce monde, on le verra aussi de façon très aiguë avec le travail d’Olivier Domerg.

[…]


D E S   S O N N E T S,  O U I   D E S   S O N N E T S , 
Q U I   S O N T   D E S  P I È G E S   D E   L A N G U E

Et voilà que le livre d’Albarracin, Le Grand Chosier, propose au lecteur rien moins que quarante sonnets. Obtus, l’esprit se ferme. Pas de sonnets ! Que peut-on encore dire avec des sonnets (et cela malgré l’admiration pour Roubaud et quelques autres contemporains qui ont prouvé que la forme n’était pas vraiment morte) ? Déterminé, l’esprit se laisse adoucir : et si ? Il ne tardera pas à rendre les armes ! Ces sonnets sont tout simplement stupéfiants. De beauté et de profondeur, de force et d’audace. Et qu’il est intéressant de voir le poète travailler, dans cette forme, ses thèmes récurrents. Reprises une fois encore les thématiques de l’eau, du caillou et ce qui frappe c’est la capacité de renouvellement : les thèmes, les mécanismes semblent les mêmes et pourtant la plupart des textes frappent par leur inattendu, leur in-entendu, inouïs (in-ouïs). Ce sont de vrais pièges de langue dans lesquels on tombe avec délectation, une pensive délectation, pouvant mener à une forme de satori !). Et comme il en va de tout piège qui se respecte, plus on se débat, plus on s’enferre.

[…]


L A   M É T A P H O R E   T A U T O L O G I Q U E

Elle me semble, cette métaphore tautologique, centrale dans le travail de Laurent Albarracin qui explique doctement (ironie) que « tout corps plongé dans le bain de lui-même subit une poussée vers la métaphore tautologique proportionnelle à son être. La métaphore tautologique – ou ressemblance propre – a en effet comme source cette résistance ohmique (ou homérique) qu’est la chose dans le circuit de la chose » (158)


D I C T O N S , F O R M U L E S , K Ō A NS

On relève ici ou là des expressions toutes faites, détournées et renvoyées au lecteur : « il n’y a rien de nouveau sous le soleil, alors que tout est neuf après la pluie. » (159) ; « Si vous rencontrez un problème, aimez le problème et vous verrez qu’il y a là une bonne part de la solution. » (160)


[…]


© Florence Trocmé, extraits 
 Journal intégral ici

Extraits du livre Le Grand Chosier → ici


ANNONCE par Florence Trocmé : « Boris Wolowiec a écrit le texte "Essais de Choses Absolues" à propos du Grand Chosier de Laurent Albarracin.
Poezibao en donne le début à la Une du site et en raison de la longueur de cet essai, pour en permettre aussi l’enregistrement ou l’impression, en propose la version intégrale sous forme de fichier PDF à ouvrir d’un simple clic  » → ici





◘   ◘


₪  Boris WOLOWIEC  


Essais de Choses Absolues


(extraits du texte intégral)


Le Grand Chosier est un grand livre. Par ce livre Laurent Albarracin répond avec audace et précision à l’œuvre de Francis Ponge. G. Deleuze aimait rappeler cette idée de Nietzsche selon laquelle un artiste reprend parfois une flèche déjà jetée par un autre artiste pour jouer à jeter cette même flèche une fois encore à sa manière. Par l’écriture du Grand Chosier, L. Albarracin s’amuse ainsi à projeter l’Objeu pongien selon des trajectoires orbitales jusqu’à présent inconnues.

Le Grand Chosier apparaît composé comme une mosaïque de choses, une mosaïque de choses et autres, une mosaïque de textes divers aux rhétoriques multiples (essais, poèmes en prose, sonnets…). Albarracin distille ainsi l’Objeu pongien à l’intérieur de son alambic baroque et même byzantin, l’alambic byzantin de l’ainsi. Albarracin effectue cette distillation avec une extrême élégance. Albarracin écrit en effet comme un virtuose de l’aberration élégante. Il y a en Albarracin un essayiste de la divagation, un essayiste de l’aberration, un essayiste de l’aberration heureuse, un essayiste de l’aberration exacte.

La Postface aux Choses par quoi le livre s’achève est un essai superbe. Albarracin y expose avec clarté et subtilité les différents aspects de son art poétique. Albarracin retrouve d’abord la manière d’imaginer les choses de Ponge à savoir la chose comme cosmos (ce que Ponge appelait la chose comme forme du monde) « Faire cosmos est le seul recours qu’elle a pour être. » « Comment faire monde quand on est que chose ? Eh bien en bouclant sur soi la chose qu’on est. » Les choses apparaissent ainsi comme des astres. « Et les choses sont des lunes, toutes les choses sont des lunes. »

Albarracin est à la recherche d’une figuration tautologique des choses. « L’autofiguration est le principe générique des choses. Ainsi toute chose s’illumine de soi. » « La chose a développé une relation particulière où la chose devient l’analogon de la chose, son comparant sans pareil, » « La chose même, c’est donc la chose pareille à soi, la chose nue est la chose comparée de soi. » Pour Albarracin, chaque chose apparaît comme sa figure même, chaque chose se figure par son existence même. Pour Albarracin, chaque chose apparaît à la fois comme une métaphore et une tautologie. Albarracin essaie ainsi de dire la métaphore tautologique comme la tautologie métaphorique des choses. Albarracin essaie ainsi de dire la chose comme tautophore, comme tautophore d’elle-même. Ainsi pour Albarracin, chaque chose tautophorise sa présence même, chaque chose tautophorise son existence même.

Pour Albarracin, les choses apparaissaient saturées d’elles-mêmes et elles se perdent aussi pourtant paradoxalement à l’intérieur de cette saturation. Les choses accomplissent ce paradoxe d’une saturation perdue, d’une plénitude égarée. « Un brin d’herbe est un brin d’herbe à satiété. La goutte d’eau remplit la goutte d’eau comme si elle faisait océan dans la goutte d’eau. » Pour Albarracin, chaque chose affirme la présence de sa perte comme la perte à l’intérieur de sa présence. « La chose est le cratère de sa présence. » Il y aurait ainsi pour Albarracin à l’intérieur de la chose une explosion subtile, une déflagration effacée, une déflagration d’égard, une déflagration d’égard discret par laquelle la chose se volatilise. Et c’est comme si la chose tentait ainsi de tenir en équilibre à l’intérieur de l’égard de son égarement.

[...]

Pour Albarracin, la chose s’entasse à l’intérieur d’elle-même et jaillit malgré tout comme par miracle absurde de cet entassement. « Qu’est-ce que la chose tas ? Est-elle la chose de ce tas ou le tas de cette chose, (…) Toujours est-il que c’est l’instabilité, la précarité de la chose tas qui semble constituer le tas chose. » La chose apparaît ainsi comme « l’écrin de l’entassé. »
Par ce geste de s’entasser à l’intérieur d’elle-même, la chose parvient aussi à s’élever comme sur un trône, sur un trône de tonnerre, sur le trône de tonnerre de la tranquillité, sur le trône de tonnerre d’apparaître là, sur le trône de tonnerre de la tranquillité d’apparaître là. « En étant les choses s’assoient sur leur trône et sont couronnées. Et la cérémonie des choses va son cours tranquille et grandiose. »

Le monde d’Albarracin apparaît aussi banal qu’enchanteur. Pour Albarracin, la banalité est enchantée et l’enchantement banal. Cette banalité enchantée du monde serait peut-être celle de son adoubement. C’est comme si pour Albarracin, ce motif de l’adoubement était autant une figure de rhétorique qu’un geste rituel. Adoubement du chemin par exemple « C’est la chose chemin qui fait que le chemin se creuse et s’adoube comme chemin. » ou encore adoubement de la coupe « un signe d’égalité et d’adoubement de la coupe aux lèvres. » Cette banalité enchantée des choses ce serait aussi celle de son anoblissement. « Tout est noble dans les choses parce que tout y est en procès d’anoblissement. » et même celle de leur royauté « Le roi est une chose, s’il n’était pas une chose il ne serait pas un roi. »

Il y a un aspect presque chevaleresque à l’intérieur de la poésie d’Albarracin. Albarracin ressemble à un poète courtois des choses. Albarracin écrit à la manière d’un Don Juan paradoxal, le Don Juan d’amour courtois de la multiplicité des choses. Et chaque chose apparaît ainsi comme une forme de chair sublime, la forme de chair sublime d’une femme aimée.

[...]

Il y a pour Albarracin une équivalence intégrale de l’évidence et de l’énigme. L’évidence révèle l’énigme comme l’énigme donne à sentir l’évidence. « L’énigme est debout dans ce qui disparaît. » Pour Albarracin, l’énigme affirme la disparition de la présence même, la disparition debout de la présence même. L’énigme affirme l’érection de disparition de la présence même, l’érection de vide de la présence même.
« D’un même mouvement les choses sont et sont cachées. La face qu’elles offrent n’est jamais que le dos de qui est penché sur soi… » Ainsi pour Albarracin, l’évidence et l’énigme se ressemblent, l’évidence et l’énigme se ressemblent face à dos, l’évidence et l’énigme coïncident comme formes siamoises face à dos.

[...]

A l’intérieur du chapitre Autres Choses, les formules à la fois précises et étonnantes prolifèrent. La taupe « Elle nage dans la terre ». La chaise « comme si elle était crucifiée à soi ». La main (et le gant) « Enfilant le gant, la main manigance. ». La boîte à outils « La boîte à outils contient des outils et une boîte à outils. ». Le briquet « Petit bijou de simplicité franche ». Le lavabo « Dans un prognathisme de sa faïence et de sa faille propre, réalise l’avalement de l’eau dans l’eau. ». La table « La table est posée comme à la fin d’un livre. »

Le chapitre Petite Métaphysique Culinaire est à la fois subtil et drôle. Honneur d’abord à l’oignon (le rigolard et logarithmique oignon). « L’oignon est un moignon, un moignon auquel manque aussi le membre sectionné. Il est de tout côté plaie cicatrisée, plaie qui s’est refait sa peau multiplement. C’est un cœur à bout de bras sans le bras… » Et aussi le splendide sel « Le sel est l’esprit. (…) C’est de la poudre d’épée que le sel. (…) Le sel n’est le sel que dans la soif. A l’état de sel, il n’existe pas : il brille, blesse, coupe, brûle mais n’existe pas. ». Le pain « Le pain est l’envers de la main, sa sorte de geste envolé capturé. ». Ou encore la fraise « braise fragile ».

[…]

Il y a à l’intérieur de l’œuvre d’Albarracin une forme de confusion étrange entre l’esthétique et l’ontologie. Pour Albarracin, ce qui est beau, c’est l’être. Pour Albarracin, il n’y a de beauté que de l’être même. Pour Albarracin, la pensée de l’être est identique au sentiment de la beauté. La poésie d’Albarracin ainsi à la fois esthétise l’ontologie et ontologise l’esthétique. « Qu’est-ce que la beauté, la beauté d’un visage par exemple ? C’est un mouvement vers soi, quelque chose comme le déversement d’une matière dans sa propre matière… » « L’herbe est belle parce qu’elle est l’herbe. » La beauté pour Albarracin c’est simplement la tautologie de l’être, l’insistance de l’être, l’aberration de l’être, l’insistance comme l’aberration de l’être, l’insistance comme l’aberration tautologique de l’être.

© Boris Wolowiec, extraits → Article intégral ici




◘   ◘


₪  François Huglo  


Le Grand Chosier de Laurent Albarracin



« Grand chosier » comme « Grand recueil » pongien. Ou grand rosier, grand poirier, arbre à choses ? Mais si Ponge voulait « une rhétorique par poème », Albarracin voit une arborescence par chose. Et comme au Ponge de la Tentative orale, Bernard Groethuysen pourrait lui dire : « Mieux que de natura rerum, votre œuvre pourrait s’intituler de varietate rerum ». Ce recueil divers, qui assemble des pièces en prose et en vers (dont quarante sonnets), trouve son couronnement fédérateur dans une « postface aux choses », véritable petit traité truffé de poèmes pris dans sa pâte (la fenêtre, la salade, le bourdon…), qui peut être considéré en lui-même et s’inscrire dans le sillage lumineux des autres essais d’Albarracin, à commencer par De l’image.

Ponge embrassait la table, Albarracin entre dans le tiroir, « expérience poétique fondatrice, cardinale », réalisée sur le petit bureau blanc de sa chambre d’enfant. Démontant et remontant la poignée à l’envers, de l’autre côté du tiroir (Lewis Carroll dirait : du miroir), il lui donnait vie en venant « (se) loger par la pensée » dans « son secret de tiroir ». N’est-ce pas la définition même de l’intuition bergsonienne ? Le ludique et le philosophique ne cessent, chez Albarracin, de convoler en noces humoristiques, pour le plus grand plaisir (le gai savoir) du lecteur : plus c’est léger, plus ça va chercher loin. Quand il parle d’ « haeccéité » (ou ecceité), Albarracin nous propulse vers Duns Scot, sa connaissance a posteriori, sa sensation active, son refus de l’opposition entre l’universel et l’individu, surmontée par l’individuation comme processus. Le bienheureux Duns Scot, le « docteur subtil » moqué par Erasme et Rabelais, marquera fortement le jeune Leibniz et plus tard, via Simondon qui fait la jointure entre Bergson et Bachelard, le jeune Deleuze. Or, il y a de la monadologie chez Albarracin : « les choses sont des lunes, toutes les choses sont des lunes, des ilots et des lubies ». La tautologie, qui ferme chaque chose sur elle-même, est ouverte par la métaphore qui l’occupe, la « baigne dans son lointain », l’affecte et l’infecte, interroge et diffère l’identité. « Car la figure est le propre de la chose. L’auto-figuration est le principe générique des choses ». Derrida écrivait (De la Grammatologie) : « L’auto-affection est une structure universelle de l’expérience. Tout vivant est en puissance d’auto-affection. Et seul un être capable de symboliser, c’est-à-dire de s’auto-affecter, peut se laisser affecter par l’autre en général ». C’est ainsi que le raisin d’Albarracin se saisit raisin « par la grappe », et se serre « tout près, tout prêt, comme une poignée de doigts se palpant la pulpe et se congratulant ». Quant au « temps qu’il fait », c’est d’abord « à lui-même » qu’il le fait. Par la fleur, le vase « se boit comme vase, les doigts au calice / De soi, la gueule ouverte et toute se versant ». Auto-érotisme de « la fontaine » qui « se traversant / lève / ses jupes », qui « se tombe dans les bras » et « s’offre au premier venu / qui se trouve être elle-même » ! L’eau se touche, et « le contact de l’eau excite l’eau, la fait briller, lui mord la queue, la houspille d’éclaboussures, lui donne dette hargne tranquille de qui n’a sa justification qu’en soi ». Comme dans l’air fameux, elle rit de se voir si belle qu’elle se prend pour une autre (la fille d’un roi), mais « c’est parce qu’une chose est sise en elle-même qu’elle se sied ». Elle « est seyante parce qu’elle est soyeuse à soi ». Mais ce n’est pas donné. On ne naît pas chose, on le devient. La ruse est nécessaire, « activité de la pensée », mais aussi ruse de la beauté, elle-même « ruse de la ruse » et « de la rose ». Il faut un effort. « La chose est l’effet qu’elle se fait (…) La chose nue est la chose comparée de soi. Il se trouve que l’évidence des choses que chacun constate leur vient d’elles-mêmes, de l’immense effort fourni par les choses pour être les choses, et qui se voit récompensé par elles ». Spinoza appelle cela le « conatus », et Deleuze considérait Duns Scot comme précurseur de l’immanentisme spinoziste. Mais le style d’Albarracin, son monde (le style de son monde : la liane de l’il y a, « liant universel » entre les choses qui « sont les causes finales ») nous orientent plutôt vers Leibniz et le baroque.

Le « nombrilisme » monadologique du « saule, ipsisme / même / de l’ici » tourne en rond, mais vertigineusement, à l’infini, et fait tourner le monde à vide, autour d’un point de fuite. Il pousse « au-delà de lui » le bouchon qui « est un baîllon, mais un baîllon de l’écarquillé, comme si jamais on ne colmatait qu’avec du vide, et qu’on pansait le monde avec ses failles ». Le grand ressort du baroque et de la mécanique de Leibniz est le ressort, qui « fait retour sur soi à côté (…) Et c’est ne pouvant rentrer en soi que ressort il ressort ». De même, l’eau est au repos « le serpent enroulé dans sa forme » et vive « encore le serpent, déroulé de sa forme ». C’est parce que le cheveu « fêle (…), fourche (…), ruine (…), sépare (…), abîme », qu’il « abonde » et « envahit tout ». Dans la chose « tous les atomes sont crochus », et entre les choses tout se tient par la main. Ou par le manche : « Si le manche est la partie saisissable de la pelle, la forme d’une chose est aussi la partie appréhensive de son tout. Et le manche sera toujours du bon côté du manche ». Les choses nous tendent la perche. « Telles sont les choses qu’on les voit ». Et qu’on les parle ? Plus qu’une manière, ressort d’un baroquisme ou fil à perles d’un gongorisme, la paronomase fait de la chose le trajet d’un mot à l’autre, et du mot une voie ouverte entre la chose et elle-même. Ainsi, l’arbre offre « en bout de verticalité la légère versatilité de ses feuilles ». La pointe, le bourgeon apical, est l’œil, « le plus partagé des trésors / le plus intouchable aussi ». Prédatrices et menacées de prédation, « les choses montent dans leur forteresse pour / observer le monde d’un œil acéré, d’un guet hérissant ». Si le bourgeon, aussi appelé œil, du végétal, est sa pointe, le ressort de sa croissance, « la pression que l’eau exerce sur l’eau s’exprime dans la goutte d’eau ». Et s’y distille, s’y évapore : « si l’on avait accès à l’essence des choses, comment ne serait-elle pas volatile ? ». Plus et mieux qu’une « boîte de paons d’or », la métaphore albarracinienne ouvre dans la tautologie « une boîte de Tantale, une urne / Pleine du supplice de l’infiniment proche ». Cette urne est une fleur. Butinant « la bizarre bigarrure » du monde, « la langue est cette chose qui grasseye dans les choses et en goûte toute la riche matière ».

© François Huglo, source article ici



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₪  Richard BLIN  


La loi de la chose




De vrilles en volutes autour de la chose, Laurent Albarracin évide l’évidence jusqu’à la jouvence de ce qui est.

Sujet impossible par excellence car muette, dénuée de sens et emblème de l’altérité absolue, la chose ne peut, paradoxalement, que susciter le désir d’écriture. Par-delà l’évidence de sa matérialité ou de sa réalité sensible, elle représente « l’autre » qui se dérobe et nous fait comprendre que nous ne sommes rien pour elle. Inassimilable, rayonnante d’un silence qui fascine, elle semble appeler la parole. Une invite en forme de gageure que Laurent Albarracin s’ingénie à relever depuis déjà une bonne douzaine de recueils dont Le Secret secret (Flammarion, 2012) et Herbe pour herbe (Dernier télégramme, 2014).

Si Ponge a pu lui montrer la voie, il la fraye avec sa propre méthode, un mixte de tautologie, de métaphores et d’images qui donne voix au « vouloir-être-dit » qui creuse et dévore la chose. Face au silence de la chose – silence qui désamorce tout désir d’en prendre possession –, Albarracin commence par l’approcher avec une sorte de candeur qui tient du naturel de l’enfant découvrant le monde. « Les olives sont toutes de la taille d’une olive. » Une façon de constater avec plus ou moins d’étonnement que les choses sont d’abord ce qu’elles sont, puis de s’apercevoir que, sous cette surface d’évidence – « La corde tend l’arc qui tend la corde » – se cache de l’être. Autrement dit que les choses sont aussi ce qu’elles ne sont pas, mais les deux en même temps. « L’eau est liane, et infiniment plus que la liane / N’est eau, car la liane ne sera jamais qu’une / Eau tordue, essorée dans l’arbre, une eau fibreuse / Séchée, momifiée comme un jus d’arbre vieilli… »

C’est qu’à force de tourner autour de la chose, de tenter de l’appréhender à travers l’expérience qu’il en fait, la phénoménalité de ce phénomène qu’est la chose, prend corps. D’impressions en suite d’approximations se dessinent les contours d’une identité, se cerne l’essence de la chose. Elle peut alors apparaître dans toute la violence de son être ou de son ambivalence. « Le château fou du feu tord ses créneaux criés / Et dresse son alerte alerte dans la joie / Cruelle, en un genre de gesticulation / Guillerette et paniquée, hagarde et contente. »

« Porter une chose à son extrême est l’amener à son plus haut degré d’ambivalence » dit l’un des aphorismes que L. Albarracin a réuni dans Résolutions (L’Oie de Cravan, 2012). Mais pour atteindre à ce degré de nudité révélante, il faut en passer par des effets d’écriture qui font sens, ce en quoi Albarracin est passé maître. Les plis, les replis de la langue, il connaît. Jouant des parentés graphiques et phoniques des mots, de l’ambiguïté ou de la richesse des consonances ou des assonances, usant du péremptoire et de l’hypothétique comme de la métaphore et de l’image pour apparier, dévoiler, révéler, il construit un texte hautement mobile et ludique. Chaque poème ou texte n’est en somme qu’une glose plus ou moins longue de son titre, une glose tournant et retournant autour de lui, y revenant, le dépliant dans un tournis aussi vertigineux qu’ahuri. Une écriture qui ferait des ronds de voix, comme on parle de ronds dans l’eau. « Ronds dans l’eau qui sont toute la poésie. / Rien n’est moins inutile que de faire des ronds dans l’eau / Puisque c’est jeter avec une agilité folle des cailloux au centre exact de la cible. / Puisque c’est vérifier que le monde se déploie impeccablement autour de notre vaine tentative de l’atteindre. »

Une écriture donc qui ne se veut rien d’autre que sa propre évidence tout en tendant à se faire semblable à la chose qu’elle fait vivre. Ainsi le texte devient chose autant que la chose est devenue texte. Ou que la chose est devenue écriture en même temps que l’écriture s’est faite chose. Ce qui revient à avouer – non sans humour ni sens de la saine dérision – que si secret d’une chose il y a, c’est qu’elle est elle-même et rien qu’elle-même.

© Richard Blin, Le Matricule des Anges n°171 , mars 2016.


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LAURENT ALBARRACIN


POÈTE, CRITIQUE POÉTIQUE,


ÉDITEUR




~ POÈTE : BIBLIOGRAPHIE ~


« [...] L’œuvre de ce poète remarquable nous rappelle pourquoi la poésie est précieuse, pourquoi elle est essentielle [...] ».
Eric Chevillard, Le Monde, 25/05/2012, à propos de l'ouvrage 'Le Secret secret' de Laurent Albarracin paru chez Flammarion au printemps 2012.
Article Le Monde → ici




POÉSIE



Les jardins nucléaires, L’Air de l’eau / Myrddin, Brive, 1998.
Le feu brûle, postface de Pierre Campion, Atelier de l’Agneau, Saint-Quentin de Caplong, 2004. → extraits ici
Vingt-sept sonnets, Ikko, Paris, 2005.
Le Secret secret, dessins de Georges-Henri Morin, Les Éditions de surcroît, Saint-Clément, 2006.
Cartes sur l’eau, Simili Sky, Saint-Ouen, 2008. → compte-rendu ici
Le Verre de l'eau et autres poèmes, le corridor bleu, Amiens, 2008.
Explication de la lumière, Dernier télégramme, Limoges, 2010 → compte-rendu ici
Le Déluge ambigu, illustré par Jean-Pierre Paraggio, Collection de l’umbo, Annemasse, 2010 → compte-rendu ici
Le poirier, illustré par Pierre Bessompierre, Collection de l’umbo, Toulouse, 2012 → compte-rendu ici
Le Secret secret, Flammarion, Paris, 2012 
ARTICLE dans LE MONDE de Éric Chevillard « L'évidence poétique » à propos de « Le Secret secret » Flammarion, 2012 → ici
Le Monde, Éditions Le Pauvre Songe, Talence, 2013 → compte-rendu ici
Le Ruisseau, L'Éclair, Éditions Rougerie, Mortemart, 2013 → compte-rendu ici
Le Citron métabolique, Le Grand os, Toulouse, 2013 → compte-rendu ici
Les Oiseaux, photomontages de Maëlle de Coux, Éditions des Deux Corps, Rennes, 2014 → compte-rendu ici
Fabulaux, dessins de Diane de Bournazel, Éditions Al Manar, Paris, 2014 → compte-rendu ici
Le Déluge ambigu suivi de Col des signes, frontispice de Jean-Pierre Paraggio, Pierre Mainard éditeur, Nérac, 2014 → compte-rendu ici
Herbe pour herbe, Dernier Télégramme, Limoges, 2014 → compte-rendu ici
Mon étoile terreuse, dessins de Jean-Gilles Badaire, Circa 1924, Paris, 2014 → compte-rendu ici 



CARNETS



Résolutions, L'Oie de Cravan, Montréal, 2012 → ici



ESSAIS



De l’image, L’Attente, Bordeaux, 2007 → ici

ARTICLE « Ralentir image » du poète et essayiste Joël Gayraud, dans les « CAHIERS de L'UMBO N°10 » à propos de « De l’image », 2007.
J. Gayraud considère le texte « De l’image » comme le Discours de la méthode de Laurent Albarracin et y consacre une longue présentation autant érudite qu'argumentée → ici

• Pierre Peuchmaurd, témoin élégant, L'Oie de Cravan, Montréal, 2007. → compte-rendu ici

Pierre Peuchmaurd, Éditions des Vanneaux, Montreuil sur Brêche, 2011 → compte-rendu ici


Louis-François Delisse, Éditions des Vanneaux, Montreuil sur Brêche, 2009 → compte-rendu ici



CONTRIBUTIONS AUX REVUES


Le Bathyscaphe ; L'Or aux 13 îles ; Les Cahiers de l'umbo ; l'impromptu ; Mirabilia ; Le Grand Os (LGO) avec la publication de « Res rerum » (poèmes) dans le numéro 5, de juin 2012 ; Soapbox.

Le Bulletin de l'Umbo : « L'impromptu N°3 » est entièrement consacré à la poésie de Laurent ALBARRACIN → ici



~ CRITIQUE POÉTIQUE ~



Son excellente chronique de poésie sur le site internet de Pierre Campion. → ici


~ ÉDITEUR ~



Laurent Albarracin anime les Éditions Le Cadran ligné → site ici



LE CADRAN LIGNÉ,

« ÉDITEUR, AFFINITÉS ÉLECTIVES »

Entretien de Philippe SAVARY avec Laurent ALBARRACIN, LE MATRICULE DES ANGES, septembre 2015 → compte rendu ici


AU CATALOGUE DU CADRAN LIGNÉ

COLLECTION LIVRES D'UN SEUL POÈME : 75 auteurs sont présents au catalogue des éditions.

COLLECTION LIVRES : 6 auteurs sont présents au catalogue des éditions.

VIENT DE PARAÎTRE JUIN 2016 :

MÉCA, Ana TOT, 72 pages, format 13 x 20 cm, 13 € (franco de port)

ESTHÉTIQUE DU MACHINISME AGRICOLE, Pierre BERGOUNIOUX suivi de PETIT DANSEUR, Pierre MICHON, 48 pages, format 13 x 20 cm, 13 € (franco de port)


Le Cadran ligné est actuellement présent au marché annuel de la poésie à Paris 6ème, Place Saint-Sulpice.


Laurent Albarracin

aura le plaisir de vous rencontrer

les samedi 11 juin et dimanche 12 juin 2016

sur le stand 613 des éditions Dernier Télégramme



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