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dimanche 14 juin 2015

Philippe DEREUX, SAGESSE DES ÉPLUCHURES, Préface Claude ROFFAT, Éditions L'ŒUF SAUVAGE



Philippe Dereux, Sagesse des épluchures, Collection Paroles TuesPréface Claude Roffat, 12 reproductions contrecollées, Éditions l'œuf sauvage,‎ 2001
15,20 €


TOUTE COMMANDE ET CORRESPONDANCE

Claude ROFFAT
1 bis rue de Châteauredon
13001 MARSEILLE

Tél. : 04 91 33 61 88


SITE L'ŒUF SAUVAGE → ICI


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PRÉFACE


Claude ROFFAT



« ''Le lecteur apprendra dans ces pages comment j'ai manqué à la morale des épluchures et il verra quelle a été ma punition …'' Rédigé quatre ans après le Petit traité des épluchures, ce texte ne se veut pas seulement une suite à ce livre, car, si la volonté de noter ses expériences de colleur de peaux est encore présente tout au long de ces pages, c'est surtout à une introspection que se soumet l'auteur, cet « homme du commun » qui avoue, avec une terrible lucidité, n'avoir pas su résister à la tentation de mener une vie d'artiste. Plus qu'au Petit traité, c'est à L'Enfer d'écrire récit qui contait les affres du narrateur miné par le désir d'écrire et d'être publié – que l'on peut rattacher ce texte où l'auteur se confesse, espérant obtenir le pardon de ses fautes, tout en voulant mettre en garde le lecteur contre la fascination du pouvoir – fût-il littéraire ou artistique.

Ce texte, très travaillé, semble ne pas avoir été mené à son terme. Découragement, manque d'enthousiasme d'un éditeur ou, peut-être, abandon définitif de l'écriture au profit de la peinture et des épluchures ? Ce qui apparaît d'abord, c'est la volonté – l'acharnement – de son auteur à se dévoiler, se mettre à nu, avec, souvent, une désarmante candeur. La notion de faute est présente tout au long de ces pages, mais plus que celle-ci, c'est son aveu qui semble la préoccupation essentielle de l'artiste. Et le portrait qui se dessine finirait par nous réconcilier avec l'homme, si jamais, agacé par un perpétuel sentiment de fausse modestie, nous nous en étions éloigné un instant ; mais rien n'est faux ici, car cet homme qui se veut moyen - « vous êtes anormalement normal », lui dira un médecin – ne peut l'être que par la somme de ses extrêmes : une infinie humilité et un orgueil démesuré.

Et il en faut, de l'orgueil, pour écrire dans le catalogue d'une exposition : «  Pour mon vernissage chez Chave je me suis fait couper les cheveux. J'ai ainsi un visage rond et bonasse, un peu gros et stupide, de colleur d'épluchures. Il faut toujours offrir au public la tête de son emploi. » Car leur auteur sait bien que, finalement, au-delà des apparences, seul compte l'homme dans ce qu'il a d'irréductible. Et, à ce jeu-là, seuls les faibles trichent. Dereux, qui n'en est pas, pourrait dire, comme l'a si bien écrit Simenon dont il prend plaisir à lire les romans : «  Je préfère être détesté pour ce que je suis qu'être aimé pour ce que je ne suis pas. »

Sur le point de faire imprimer ce livre, il m'a fallu revoir une dernière fois le manuscrit et, surtout, choisir, parmi les photographies des tableaux, celles qui devaient l'illustrer. Au moment de quitter l'appartement de Villeurbanne, ce que je vis, ce fut, posée contre un mur, la série des ostensoirs. Ces tableaux, nous les avions déplacés plusieurs fois durant l'après-midi, pour dégager une porte, ouvrir un tiroir. Nous avions alors décider d'en reproduire un. Mais je compris, à cet instant, que ces ostensoirs devaient être au cœur de ce livre, qu'ils devaient être le complément figuratif à ce texte. Et puis, ces ostensoirs ne sont-ils pas – même s'ils ne contiennent pas la sainte hostie – la récompense et le salut accordé au pêcheur pour tant de fautes avouées, de pardons implorés ? Philippe Dereux a réalisé une petite cinquantaine de ces ostensoirs. Ceux-ci n'ont jamais été reproduits et très rarement exposés. Il m'a semblé qu'il était temps de les offrir au public.

Claude Roffat

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SAGESSE DES ÉPLUCHURES




Ostensoir 78.25


«  […] J'aime trop mes tableaux. Cette passion qui n'a pourtant rien de coupable est la cause première des événements qui m'ont fait perdre ma sérénité. J'ai pour mes œuvres un amour pareil à celui de la mère pour l'enfant, le plus féroce des amours. Je ne supporte pas de les voir méprisées, encore moins maltraitées, et, quand je sais l'une d'elles exposée à quelque péril, je n'en dors plus.

[…] Dans un cahier sur lequel je note au jour le jour des observations à propos de mes travaux j'ai écrit cette phrase […] : «  Ce n'est pas soi-même que l'on aime, mais son œuvre. »

[…] j'observe passionnément celui ou celle qui regarde mes tableaux. Je sais que les mots sont menteurs, même prononcés par des amis sincères. Ce n'est point d'eux que j'espère la vérité, je l'attends des visages. […]

[…] il ne suffit pas que mes tableaux se conservent, encore faut-il, j'ai un peu honte à l'avouer, je crains qu'on ne me taxe de prétention et d'orgueil, qu'ils soient respectés. C'est la raison qui m'a poussé à les faire connaître et à les entourer, dans toute la mesure où je l'ai pu, de publicité. […]

[…] En vérité, imposer son œuvre, c'est une autre façon de la faire, et l'exécuter sans le public, c'est la rater. […]




Ostensoir 79.3


[…] C'était d'éternité que je rêvais pour mes tableaux ! […]

[…] Je le jure : j'ai été entièrement sincère et honnête dans mon précédent livre lorsque j'ai donné de moi le portrait d'un homme particulièrement dénué d'ambition, hormis celle de réussir de beaux tableaux d'épluchures. Pourtant, en réalité, et le fait est difficile à faire sentir, encore plus difficile à faire comprendre : je mentais … tout en ne mentant pas. […]  »

Philippe Dereux, extraits


► Philippe DEREUX (1918-2001), plasticien collagiste célèbre pour ses œuvres à base d'épluchures → plus ICI

Il a aussi publié à L'Œuf Sauvage :
L'Enfer d'écrire, suivi de La Grande Parade (préface de Claude Roffat), 2002,‎ 2001

Le Temps des assassins, illustré par Denis Pouppeville, 2003  compte-rendu ici

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L'OEUF SAUVAGE 


la Revue 


Le premier numéro de l'œuf sauvage est paru en novembre 1991. Fondée par Claude Roffat, cette revue tournée vers l'art brut, singulier, hors les normes, les arts premiers, le surréalisme, la défense de créateurs contemporains, et diffusée dans les kiosques et les maisons de presse, a été très vite remarquée et a rencontré, dès l'origine, un public autant enthousiaste que fidèle.

Au fil du lien → ici 

il nous est possible de suivre l'aventure de l'œuf sauvage et des réalisations concomitantes et suivantes, toujours à l'initiative de C. Roffat : Revue ' Enfers ' - 1994 ; Collections monographiques ' La Petite collection ' - 1997 ; Livres d'artistes & fac-similés ; Ouvrages posthumes de Philippe Dereux - 2001 (la découverte à Lyon - galerie LE LUTRIN de Paul Gauzit - des oeuvres de P. Dereux par Claude Roffat en 1987, a déclenché chez ce libraire parisien jusqu'alors spécialisé dans le surréalisme, sa vocation de galeriste d'art hors-normes) ; carnets de dessins ; collection de livres d'enfants pour adultes.

L'année 2005 a vu la création de l'Association ' Les amis de l'œuf sauvage '.

Des expositions collectives ont laissé une belle place à l'œuf sauvage : à la Halle Saint Pierre - Paris en 1998 ; à la galerie Alain Paire -Aix-en-Provence en 2008, et aussi à Claude Roffat : à l'abbaye d'Auberive, en 2009 « Claude Roffat, un parcours singulier ». A cette occasion, publication par ce dernier de : 'Une histoire de l'œuf''.







◘ L'ŒUF  SAUVAGE N°11 → SOMMAIRE ici


◘ L'ŒUF SAUVAGE N°12 :  avec un article consacré à Denis POUPPEVILLE, dessinateur et peintre : "Denis Pouppeville, le funambule des couleurs" par Joël Gayraud, et aussi la présentation des oeuvres d'A.C.M, Jean Benoît, Bernard Pruvost, Martelanche, etc. → compte-rendu ici




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