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samedi 23 mai 2015

Alice MASSÉNAT, LES DIEUX-VASES (conclusion), Préface de Marcel MOREAU, Éditions La Rivière échappée, 2015




ALICE MASSÉNAT


LES DIEUX-VASES (conclusion)


Préface Marcel Moreau

Éditions La Rivière échappée
36, La Chiffardière
35440 DINGÉ

8 euros (frais de port inclus)




₪  LA POÉSIE QU'ON DÉCOUVRIRA  


AU XXIIe siècle  



« Une nouvelle plaquette de l’excellente Alice Massénat, Les Dieux-Vases (conclusion), vient de paraître aux éditions La Rivière échappée. Une préface de Marcel Moreau accueille le lecteur sur le seuil, et c’est pour l’avertir que la marche est haute : ''La langue qu’elle écrit ne se chevauche pas. N’est pas né celui qui la débourrera. Elle est désarçonnante de nature.'' Certains se souviennent encore de cet avertissement de Pierre Peuchmaurd, et n’en sont toujours pas revenus : ''Alice Massénat est une menace. Une menace, vous avez bien lu, et c’est pourquoi je ne crois pas qu’aucun poète véritable puisse ne pas entendre sa parole.''

Alors, si vous avez encore le goût du risque et le sens de l'égarement, précipitez-vous sur les Dieux-Vases. On ne vous le dira pas deux fois. »

Joël Gayraud, poète



₪ ₪



₪  PRÉFACE de Marcel MOREAU   ₪



«  La langue qu'elle écrit ne se chevauche pas. N'est pas né celui qui la débourrera. Elle est désarçonnante de nature. Tout au plus, parfois, sur son passage, peut-on écouter en gémir les désarticulations. On pense alors à un écartèlement possible. En réalité c'est un ''mors aux dents'' de longue durée, non exempt, par ailleurs, de quelques virevoltes, ou ruades. Syntaxe et grammaire font figure de caparaçons jadis jetés aux orties. Ils étaient d'un habillage par trop pesant et offensaient le désir de cette langue d'être une échappée avant que d'être un acheminement. Et pourtant, au moment où on la croit affranchie de l'obligation de faire sens, elle se révèle explosive d'une vérité de ''derrière ses sabots''... C'est le moment qu'elle choisit pour nous montrer le chemin de sa nécessité. Sa nécessité est poésie, moins les ennuagements habituels du genre. Chthonienne, elle l'est en diable, et quand, d'aventure, elle joue à l'ange, ce n'est pas pour survoler les vallées de larmes de son sourire compensatoire ou de son aile protectrice. Ici et là, aux lèvres d'un mot entre rictus et profération, il est toujours un filet de bave pour nous assurer de la pérennité de sa colère. Sa colère déchiquette. Pour une blessure léchée par la langue, combien d'avivées par elle ?

Poésie titubante aussi, comme au retour d'un séjour chez les bacchantes, au temps où elles mettaient leurs pas dans ceux de Dionysos et donnaient naissance à la première philosophie sachant danser. Quant au vin, je soupçonne cette poésie d'en être gorgée, si j'en juge par l'empressement de ses sonorités à perdre l'équilibre pour prix d'une ivresse de dire.

Pour Alice Massénat, la sémantique ne vaut que par sa capacité à se créer des situations textuelles renversantes, de l'ordre, ou plutôt du beau désordre, des savoirs en liberté, anarchiques par prédestination, déstructurés du lexique, et cependant d'une étrange cohérence jusque dans leurs scansions échevelées, leurs déboulés sans préavis. Une prescience à grandes enjambées, volontiers tourbillonnaire, au risque de la chute, lui tient lieu de conquête cognitive, à rebours de la docte raison et son prosaïsme processionnaire à but lucratif, en rupture de lumières.

Voilà pourquoi j'aime cette poésie, pourquoi j'aime en être désarçonné ou faire semblant que je le suis. Je lui reconnais quelque parenté avec le rythme inexorable qui, il y a bien des années, me fit entrer en littérature non comme on entre en religion (cette blague...) mais comme si, à vouloir embrasser une cause me dépassant à ce point, je m'étais juré d'en devenir ''le possédé'' par tous les pores. Cause n'ayant cessé, depuis lors, de me coller à la peau, au départ des entrailles : je veux parler de cet amour des mots dont petit à petit j'ai acquis le certitude que, porté par un instinct éclairé et un corps lui étant infiniment propice, il est de tous les modes de désaliénation proposés à l'espérance humaine sans pour autant toujours l'inviter à en oser la folie, le seul à ne pas être une mécanique, un machinisme illusoire, à l'usage des conditionnés de l'''air du temps'' et autres crédules. »

Marcel Moreau, écrivain


♒ ♒



~ LECTURE de Isabelle DALBE ~  



Les Dieux-Vases (conclusion)



Dans le champ, non des idées noires, mais des nécessaires dits et redits, parce que les flagrantes ailes paternelles l'ont, sans le vouloir, abandonnée, Alice Massénat revient pour voir l'obscurité avec son solde de peurs.

«  Trois jours durant je n'en défis que les sourcils
un à un, sous leur maquillage de sable
et sa bouche hirsute ne semblait y frôler que le vent
Trois jours durant je n'en claquai que l'ambiance
la vie s'éclipsait
s'épaulait à l'onguent »


En laissant fuser les veines moniales de la consolation qui ne font pas dans la dentelle.

«  Une espèce d'éternité qui serait au soir
alanguie ou pénultième du rasoir au printemps
le septième cutter de l'or
le paralipomène d'un pourpre envoûtant »


Sans doute intime, ce cri de passe du corps, aux environs de la frénésie.

«  Et ton sourire de maladie qui me traque
à l'aube des jours
Et tout cela à rayer comme autant de lointains
jusqu'aux affres des seins
qui s'escriment en partis à peindre
le heaume échauffé de tempos à l'histoire  »


Entre ciel et déjà terre du deuil, savoir céder au message de glace où s'ébroue une nouvelle échéance presque familière : ô vertiges !

« […]
je le savais intuitivement
balbutié en rade fort de sa vierge parole
agrippé le torse nu
et quasi nu je l'embrassai en souriant
plus démuni d'assurance que pitié
qu'une potée d'octrois un instant exigée
soudainement au rang de l'homme qui a mal
lui, si beau d'allure sans le soin du savoir
verdi de ses yeux aux tournants des coulisses »


Tandis que la vie parchemine la dextre d'une parole aiguë, avec les bouchées doubles du tournoiement abrasif.

«  Et ces mots que tu reconnaissais comme de toi
je vous les offre ce matin
A l'heure de vos dernières heures
quand la mort ne se dit plus sans obscénité
je les vaincrai
sous les mains les os perdus
pentus entre des étaux des étoiles
le visage de la blême
invariable
pour le saint-ciboire de la musique
qu'elles qu'en fussent ses pestilences de l'affable
[…] »


Répéter sur la ligne, en allant à la ligne, que tient bon une blessure, à texture de cousinage du cœur pendu au père-sien, dernière figure des père-mère, ces tout-puissants siens.

« Le père s'endormait, boueux vestige
qui se fustigeait aux parois la ville
l'éponyme à sa longueur éblouie
qui tirait la larme verre de bris »


Pour l'inconsolée poète Alice Massénat, c'est être fort d'esprit que de développer le pot aux roses de l'ouragan amer d'avoir été dédaignée par une elle et autres eux aux glaires !

« Tu te joues de moi
haut perchée à l'embonpoint »
[…] tu me perçois et tu te noies
tanguant sur un air de vitriol infesté »

[…]

« enfin l'envie de hurler sans mots
et la dédicace spontanée d'un ange aux crocs d'acier
l'irrépressible à l'orée de ma tanière retranchée
plus d'envie de me contenir
face aux crachats d'encoignure »


Et l'auteur, de s'incruster en batailles ténébreuses, qui mâchent l'inconnu des âmes de mauvaise pioche.

« Je jure sur la tête des crocs achalandés
que toutes les catins en délire
sinueuses s'il en est en suivantes de peinture
les chiens galeux qui s'entortillent
en chapelets de rêves
à l'histoire de pierre »

[…]
« Je lui fais la nique à celle-là
précipitamment en farfouille
je lui règle son glas aux entrailles
de ceux qui ne voient pas les autres
que dans leurs crimes à eux […] »


Dans le ballon oral, la mort, à l'effigie de l'absence parle, par myriades utiles, à coups de tatoué malheur :

« J'ai vu se vider des tombes
qui ne demandaient qu'à choir
et se représenter à mon sourire
la lame plus éclatante que jamais
J'ai vu se figer des sangs
qui se taisaient incapables du moindre mal
sans leur vie à leur chevet  »

[…]

« Où sont-ils donc aujourd'hui
je ne puis que les importuner
même à travers le temps
les coteaux s'éparpillaient
et ce fut un verglas de printemps »

[...]

« Enfin je pleure
dans des ciboires
et moi je veux mourir ce tu
défendu qui ne s'efface point la musaraigne »

[…]

« Mais lui a fui
s'est éclipsé
comme un fagot sublime qui blêmit
[…] »


Parfois, le jet d'épigrammes sur le 'rien n'y pouvoir / rien nie pouvoir ', a le pouvoir d'épaissir le ris en un marmonnement de marbre.

« Il se targuait du rire du cynisme
et en douce se mouvait complexé et tendre »

[…]

« Maintenant que les rides de vos yeux à l'embrun
maintenant que de vos yeux à extraire
en plainte
maintenant que par jamais la ville
s'élançant à la devanture de l'aube
ruisselante 
[…] »


De bout en bout, le superbe texte d'Alice Massénat, après avoir déchargé sa lustrale vélocité musicale, continue de couver tout en sanglots immobiles, tout en voix effervescente, tout en boucans rutilants, tout en envers d'oiseaux, tout en remuements d'angoisses, tout en souvenirs convulsés, tout en accélérations d'orpailleur.

Y opère l'ouverture, vaste et culottée à tout rompre, de la question perpétuelle : les plaies ont-elles de grandes places au soleil ?


Isabelle Dalbe


♒ ♒



~  LECTURE de Régis GAYRAUD ~  


  Alice et ses mots d’or  


« Il se forme peu à peu, années après années, comme une société secrète d’happy fews qui possèdent en commun un trésor resplendissant et fragile à la fois, une feuille d’or qu’ils tiennent entre leurs mains tremblantes, et qu’ils craignent de voir s’envoler si un mot, un geste, un souffle rompt l’équilibre précaire qui la supporte. Stylite dans un désert de syllabes mortes qu’elle pêche à l’épuisette de ses angoisses, Alice Massénat embroche des mots qui se percutent dans ses poèmes le long des phrases-poignards.
Depuis longtemps, nous aimons Alice et ses mots d’or, et nous sommes heureux que de nouvelles recrues viennent élargir le cercle de ceux qui espèrent, mois après mois, de nouveaux recueils. »

Régis Gayraud, poète


◘ Note de lecture sur le site de Poésie Fertile, avec des extraits de textes d'Alice Massénat → ICI



♒ ♒


~ LECTURE de Jacques MORIN ~


Alice Massénat, Les Dieux-Vases (conclusion)


Bien des années déjà que je n’avais lu Alice Massénat. Ce texte date en fait d’il y a vingt ans (1994). Et je ne me sens pas dépaysé dans ce long poème, aux différentes graphies (police et graisse). Il y a un rythme de cavale, comme le constate en préface Marcel Moreau. C’est effréné et lyrique, surréaliste aussi, un côté incantatoire avec des allusions médiévales. On se laisse emporter dans cette scansion nerveuse, sur ce tempo d’urgence. Le verbe est enragé, le titre énigmatique à souhait…
« Elle pourrait tirer la chasse d’elle-même
et à son tour se percuter la chamade en branle
ignare jusqu’au goût des morituri… »

Jacques Morin


(Note de lecture parue in Décharge, n° 167, septembre 2015).


ALICE MASSÉNAT, LES DIEUX-VASES (conclusion) 

Préface Marcel Moreau


Éditions La Rivière échappée
36, La Chiffardière
35440 DINGÉ

8 euros (frais de port inclus)


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