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lundi 8 décembre 2014

Laurent ALBARRACIN, LE DÉLUGE AMBIGU suivi de COL DES SIGNES, Collection GRANDS POÈMES, Pierre Mainard Éditeur, automne 2014




Laurent ALBARRACIN, LE DÉLUGE AMBIGU – POÉMES – Frontispice de Jean-Pierre PARAGGIO, Pierre Mainard Éditeur
8 euros + 1 euro Participation aux frais de port (Franco de port à partir de 2 livres commandés) → chèque à l'ordre de Pierre Mainard



TOUTE COMMANDE ET CORRESPONDANCE

Pierre MAINARD Éditeur
11 Boulevard de Gaujac
47600 NÉRAC


Tél. : 09 50 34 22 48 
FAX : 05 53 65 93 92

mainardeditions // free.fr

(A NOTER : afin de rendre l'e-mail actif,
le signe @ doit remplacer les signes / / )






Ce recueil de poèmes rassemble Le Déluge ambigu paru en 2010 dans la Collection de l'Umbo, et Col des signes qui est inédit.


J'habite la mesure de la pluie
qui est vaste et minutieuse
et décorée d'embruns parfaits
où l'on entend qu'elle insinue
son grain dans la poussière


Les chevaux vont boire dans la
main des rivières
avec des grâces révolues
et des peines délicates
qui leur font la tempe sérieuse
et rendent ardente leur application


C'est ainsi qu'un temps très ancien
remonte par des canules
dans les eaux de l'été.

L. Albarracin, extraits






Le déluge ambigu de Laurent Albarracin 

par François Huglo



« Entre Laurent Albarracin théoricien de l’image et le poète du même nom, il y a du jeu. Les poèmes n’appliquent pas, n’illustrent pas, des thèses qui leur préexisteraient. Ils prennent des risques, partent à l’aventure, dans leur fabrique même. Loin d’enfiler des images comme des perles pour les exhiber, chacune pour elle-même, ils nous emmènent dans le labyrinthe de leur agencement. Ce qui nous captive est moins l’image succédant à l’image, « explosante-fixe » (oh la belle rouge ! oh la belle bleue !) que le passage de l’une à l’autre. Or, ce que la logique de ce passage peut comporter de sensoriel remet en cause la primauté du visuel et du mental impliquée par le mot « image ». Dès le titre, la juxtaposition du U suivi d’un G de déluge, avec le G suivi d’un U d’ambigu procure, indépendamment du sens des mots et du défi qu’ils lancent à l’imagination, le même charme qu’une rencontre entre luge et aiguille, voire entre rouge et aiguière.

Le jeu entre les lettres est ici visuel, le son du premier G n’étant pas celui du second, mais l’aspect des lettres n’a aucun rapport avec celui d’un déluge. L’arbitraire du signe n’est pas nié, il devient une chance. Cratyle joue à qui perd gagne.

Un poème où « le ciel dans le ciel s’octroie les pleins poumons » et « s’évertue sur nos doigts en un souffle plumeux » suggère une parenté sémantique et phonique entre poumons et pouvoirs, pour la dévoyer, l’alléger, par l’écho « plumeux » au « poumon », quasi-rime lui offrant une aile. Le premier vers de la seconde strophe donne à entendre une triple rime : « La magie efface toute trace de son efficace ». Loin d’affirmer la fascination d’une image, cette magie « agit » (rime encore) « par l’enchantement de l’évanoui » (qui rime avec « ouïe ») : ce qu’on entend a disparu, n’est plus visible, et seule nous guide (nous enchante) l’ambiguïté de l’assonance, de l’à-peu-près, déluge et délire sonores.

Le passage du sonore au visuel est manifeste dans la seconde strophe :

« L’oiseau de son fouillis d’ailes a tiré un chant
beau comme un parapluie ouvert
sur la mare de sang de ses feuilles éparpillées ».

La magie du chant est métaphoriquement identifiée à celle de l’analogie entre les ailes ouvertes en parapluie et l’arbre, entre les feuilles qu’il perd et une pluie de sang. La cascade (le déluge ?) analogique continue dans la quatrième strophe, où l’image mentale du parapluie appelle celle de « la graine du pissenlit ». Celle-ci

« est vraiment miraculeuse
Par-dessus la laideur du mot ».

Cette laideur sous la graine-parapluie est analogue à la mare de sang sous l’arbre-parapluie. Analogie entre mare de sang et lit de pisse (pissenlit) ? Le déluge sonore, à même l’arbitraire du signe, ne serait-il que le sang (le chant) pisseux, ou merdeux, « mare » ou cloaque où fleurirait, pure et « miraculeuse », l’image ? Les quasi-calembours des rimes ne seraient-ils que « fiente de l’esprit qui vole » vers (ou à travers) « le ciel antérieur où fleurit la beauté » ? Le trajet du poème, de son incipit « Le ciel dans le ciel » à la floraison finale, semble l’inscrire dans cette tradition baudelairienne et mallarméenne de l’ « élévation ».

Céleste, la floraison reste pourtant trop précaire et immanente pour être idéale. La « fleur du mirabellier » n’est qu’une « étincelle déraisonnable », tout comme la goutte d’eau explosant dans l’averse ou la coquille de noix enserrant « ce peu qu’elle est dans l’immensité ». Le déluge ambigu avait paru en 2010 dans la Collection de l’Umbo. Le titre Col des signes, bref recueil ultérieur inédit, peut évoquer l’alambic, et l’esprit comme produit d’une distillation. Le voisinage sonore entre « poinçon », « pépie » et « pincement épaissi », dès le premier poème, sinue dans l’intimité, la fragilité, la délicatesse. Chopin ? Colette aussi : la vie comme « trille sur la treille ». Où par quatre lettres « signe » et « songe » s’étreignent, et dansent ».

François Huglo → SOURCE ARTICLE ICI



Laurent ALBARRACIN, LE DÉLUGE AMBIGU – POÉMES – Frontispice de Jean-Pierre PARAGGIO, Pierre Mainard Éditeur
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