© Bannière de mon BLOG APPAIRAGES ART Isabelle DALBE

© Bannière de mon BLOG APPAIRAGES ART Isabelle DALBE
CLIC SUR PHOTO → POUR ACCES à GALERIE APPAIRAGES

La carte du JE

Ma photo
BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

mercredi 5 septembre 2012

Georges-Henri MORIN ' Carnets oubliés d'un voyage dans le temps', Albanie 1987, Éditions AB IRATO, 2012





Georges-Henri MORIN ' Carnets oubliés d'un voyage dans le temps', Albanie 1987, Éditions AB IRATO - Récit de voyage avec 20 photographies de Dominique et Georges-Henri Morin. 12 euros.

TOUTE COMMANDE ET CORRESPONDANCE :
AB IRATO, 118 rue Jean-Pierre Timbaud 75011 PARIS → ici




~ Un pays dissimulé
à l'intérieur de lui-même ~


Georges-Henri MORIN, écrivain et poète, grâce à des notes de voyage précises et précieuses, nous emmène dans l'Albanie des mois de février-mars 1987, et plus précisément dans la capitale Tirana, en nous faisant passer par d'autres chemins que les sentiers battus ouverts aux rares touristes officiels où, lors de ce passionnant retour dans le temps, va nous être dévoilé un pays qui à l'époque « se dissimule à l'intérieur de lui-même ».

Déjà, à l'approche de la frontière albanaise, le pays des aigles n'est pas signalé : « Aucun panneau, aucune indication » pas plus que « rideau de fer, accumulation de signes militaires ». Le sentiment d'une forme d'évaporation du lieu est renforcé par une impossibilité de pénétrer sur ce territoire pendant une grande partie de la nuit en raison d'horaires stricts. Et il faut stopper net à l'entrée car elle est assortie d'une mesure préventive de rigueur : la désinfection des pneumatiques, dans une tranchée appropriée, pour lutter contre la propagation de la fièvre aphteuse sévissant dans les pays voisins.


~ Le parcours 

en sol albanais ~


Dans le récit, se réalise de nuit la progression en sol albanais, révélant la présence d'un soldat enveloppé dans « sa cape de bure », puis d'un soldat protégé par « un sac de plastique pour engrais », et enfin celle d'un groupe de deux à trois autres (l'armée) dans « une bien petite charrette tirée par un cheval ». En faction à l'entrée d'une ville : deux policiers aux longs manteaux sombres ; un seul muni d'un fusil d'époque indéfinie, d'un signe, laisse le passage.

Nuitamment les routes, non exemptes de camions circulant - ou abandonnés accidentés, sont plus étonnamment encombrées de groupes de piétons militaires ou civils, absorbés par l'obscurité car ils ne sont munis d'aucun signal lumineux. Le mystère du motif de leurs déplacements restera entier.

Des villes s'annoncent : Shkodër agitée par les ombres d'un tandem d'adolescents ivres et par celles de gitanes qui « balayent les rues, en brigades, sous la surveillance d'une silhouette droite », Lezhë, Fushë-Krujë, puis Tirana avec leurs boutiques et magasins étrangement privilégiés en matière d'éclairage alors que vides de tout.


~ Un récit riche 

de situations concrètes ~


. . . révélatrices d'un pays frappé :

par une pénurie alimentaire (pas seulement), parfois doublée d'absurdités et de déni : « Dans la boucherie-poissonnerie, une file d'attente sage et silencieuse. [...] on sert à chaque client des saucisses grasses, dégorgeant de gros cubes de viande, à l'évidence du porc, que des boyaux trop minces ne contiennent pas. Du porc, dans un pays dont la population fut à 70% musulmane [...] ».

par la désagrégation des bâtiments industriels n'excluant pourtant pas aux abords une effervescence humaine toujours à l'oeuvre : « Durrës, longue rue monotone [...] bordée de part et d'autre d'usines qui ont toutes en commun leur délabrement définitif. Partout des piétons, quelques cyclistes qui se déplacent au milieu de camions et autres jeeps chinoises vert-olive. [...] ».

par une paranoïa manifeste : « [...] pas une ville, pas un lieu qui ne soient truffés de ces cellules (abris) où se réfugieront les habitants en cas d'inévitable agression étrangère. »

par une désertion de l'infrastructure touristique festive : «  Aucune âme qui vive. Le bar de l'hôtel Adriatico [...] » ; ou par la confrontation du touriste à des aménagements défectueux répétitifs : « [...] Nous allons échanger cet hôtel aux bruyantes fuites d'eau et au chauffage défaillant contre un autre aux qualités identiques ».

par des atteintes à l'environnement : « [...] Le pétrole fraîchement pompé se répand dans les champs alentours au gré des fuites dans les aléoducs. [...] ».


~ Les visites ~


Georges-Henri Morin nous fait visiter Tirana en nous ouvrant le « lexique architectural stalinien » de la ville, puis en nous présentant de celle-ci, avec beaucoup de poésie, son aspect « gigogne » et finalement « de labyrinthe ».

Et nous voici bientôt hors de Tirana, au château-musée de Scanderbeg à Krujë ne renfermant qu'édifiants doubles et copies d'une somme de documents en tous genres et d'une multitude de meubles d'époques, etc ! Mais, conclut Georges-Henri Morin : « ce musée n'expose finalement rien de mensonger ; son supposé réel y est clairement donné pour ce qu'il est : un faux-semblant ».




© D. & G-H Morin, Krujë, février 1987


Parmi les lieux parcourus ici et là : le site archéologique de l'antique Dyrracion, celui d'Apollonia où « La cité d'Appolon ne manque pas de nonchalance. Plus l'ombre gagne, plus le site se détend. », celui de Butrint. Aussi : le Musée de Berat avec sa collection dédiée aux métiers ; l'ancienne cathédrale orthodoxe, Shen Maria avec son iconostase sauvée de la mise à sac de tous les édifices religieux survenue à partir de 1967 ; la chapelle orthodoxe de Mesopotamos et son cimetière ; La maison natale d'Enver Hoxha ; etc.

De même que l'auteur, nous restons coi devant « la fabrication du factice » nichée au sein du Musée des Réalisations Albanaises qui reproduit en maquettes étincelantes toutes les constructions du tissu économique. Or, à l'instar des autres unités concernées, l'usine d'engrais phosphatés de Laç ne montre que la splendeur de sa rouille.

Au gré de ces visites nous déambulons dans une mine d'informations qui convoquent l'Histoire, ses anecdotes, et des données de la littérature (avec une apparition du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas), l'art, les religions dans toute la complexité de leurs rapports avec les autochtones, le cinéma, des bribes de la vie courante des albanais, etc.
Nous sommes alertés par la litanie des « discours récités » des guides qui éludent par là des vérités dérangeantes.


~ Récit ne manquant ni de sel,

ni d'humour ~




© D. & G-H Morin, Route d'Himarë, mars 1987


Une grande monotonie se dégage de l'attitude des passants : «  ils vont et viennent, insaisissables [...] », « L'indifférence des passants à notre égard est générale ».

Et du pays, sourd sa mauvaise tenue générale : « Nids de poules de la chaussée, flaques d'eau émaillant les trottoirs ; briques mal jointoyées des façades d'immeubles [...] ; venelles de boues et de mâchefer longeant des terrains vagues [...] » tandis qu'explose son perturbant manque de transports en commun : «  femmes, hommes, enfants en attente d'un bus déjà en surcharge ; camions pris d'assaut, carrioles . . . [...] ».

Récit qui ne manque pas de sel. Ainsi, par exemple, pour narrer une nécessité comme celle d'avoir à trouver du diesel. A ce propos, dans une des très rares stations-service, celle-ci surmontée du panneau-slogan 'Cette époque commande d'être des innovateurs', Georges-Henri Morin note : «  [...] je suis englué dans un champ pétrolifère. Le sol est recouvert d'une pellicule de naphte et tandis que le pompiste actionne la pompe à main, J-P (* ami de l'auteur) tient le tuyau engagé dans l'orifice du réservoir [...] ».

Un humour bien instillé ponctue l'écriture : «  [...] Des camions ont déchargé en vrac en pleine campagne des stocks de blokhaus individuels préfabriqués. Leur multiplication sur tout le territoire albanais va modifier la perception du relief captée par les satellites photographes. Non plus le pays des montagnes et des aigles, mais des alvéoles et des oeufs ».


~ Belles occasions 

pour divers éclairages ~


Notamment en matière de nourriture, sur les böreks, puis sur ce qui est désigné par perimë, et aussi en matière d'habitat sur les caractéristiques et fonctions du malif voluptueux opposé en tout à son franc versant : l'unique pièce des pauvres masures.

Dans un tout autre registre de sujets et d'idées : les affligeantes conditions de vie des 'déclassés', l'application de la réthorique « Je ne sais pas parce que je sais » sont autant de découvertes importantes à faire.


~ De l'absence 

à la présence ~


Le livre refermé, flotte la persistance de l'absence : « Un village-rue. [...] A la tombée du jour nous ne croisons que des animaux divers [...] S'il y a des humains, ils vaquent cachés. » , « même la mort paraît oubliée », et celle du silence profilant un engourdissement : « Sourds murmures d'une foule qui ne manifeste rien  » , « les instruments de musique attendent, posés au sol. Rien n'a lieu même en sourdine ». Une absence et un silence presque contagieux : « [...] Des adultes pressent le pas. Dans ces rues de Tepelenë, on s'accepterait aisément fantômes  [...] ».

Cependant en contrepoint, demeure marquante l'agitation de personnages hauts en couleur gagnant du coup en charisme bruyant, en se portant spontanément candidats pour se faire photographier par Dominique et Georges-Henri Morin. Voilà Sehim et Zadig âgés de 12 à 13 ans, échangeant leurs offres de poses contre des chewing-gums US, puis la femme bourgeoisement vêtue, à l'irruption intempestive et à la requête bien trempée, et encore, celle-ci âgée, surgissant toute de noir vêtue, devisant très à l'aise tout en déclinant nom et adresse pour pouvoir récupérer sa photographie !




© G-H Morin, Sophia Gjoçi, Himarë -février-mars 1987



Illustré par une vingtaine de belles photographies éloquentes, ce récit de voyage très dense, aux multiples apports de fond, d'une grande qualité d'écriture, est aussi émaillé de passerelles poétiques :

«  Entre écorce et corps
Le bond de quelques lettres
Et c'est l'étoffe qui rompt  » .


Isabelle Dalbe




~ Christian PETR

Compte rendu du livre
Georges-Henri MORIN
Carnets oubliés d'un voyage
dans le temps, Albanie 1987 ~


Un excellent commentaire de Christian Petrécrivain, visitant avec bonheur et un regard aiguisé, ces carnets oubliés d'un temps perdu et retrouvé.

« [...]

« Ici Tirana . . . » Ce pays, c'était celui d'Enver Hoxha, le pays d'Enver. Un pays à l'envers dont il fallait, nous le sentions bien, désigner l'endroit. Ce qui fut fait par Georges-Henri Morin dans un récit écrit lors d'une visite en Albanie effectuée avec son épouse, en 1987, à l'invitation d'un couple d'amis, diplomates français, demeurant à Tirana [...] ces carnets oubliés d'un voyage dans le temps [...] en ce début de XXIe siècle, ils rappellent pour nous l'être du néant et, à la disparition, ils opposent le travail de la conservation. Ce petit livre nous conduit à nous réapproprier une époque qui n'est plus, celle où la capitale du Monténégro voisin s'appelait Titograd et pas encore Podgorica. Ses notations font venir au lecteur une Albanie d'antan pour en révéler la nature et montrer comment le discours officiel des autorités faisait alors valser ses vides dans la lumière trompeuse d'un supposé réel. Et les photos de Dominique et Georges-Henri qui y sont insérées, jamais redondantes, contribuent à éclairer, du fait des jours qui entre elles et le texte sont créés, les croûtes que recouvraient les paillettes des slogans du régime.

Mais, et c'est ce qui en fait aussi le prix, ces carnets nous retiennent, au-delà même de l'événement qui les a suscités et dont ils permettent la saisie, en ce qu'ils nous révèlent un bon usage du voyage et de sa relation, valable pour aujourd'hui et pour demain. Au fil des pages et des kilomètres parcourus, nous voyons à l'oeuvre un Georges-Henri Morin pour qui l'ailleurs, s'il est bon à visiter, est toujours nécessaire à penser ; nous découvrons un promeneur exigeant, perspicace, à l'humour philosophique, ne jamais foncer dans le leurre qui lui est tendu mais s'essayer toujours à fouiller le corps qui le tient et l'agite ; nous suivons un écrivain-voyageur en train de traverser la fiction pour retrouver le désordre en lequel elle s'évanouit. Georges-Henri Morin est un passeur exemplaire d'exactitudes. Dans les épaisses ténèbres des non-dits, il refuse de donner sa langue au chat ; il manifeste tout au contraire un souci et une volonté, que le succès sanctionne, de la reprendre. Et cette langue est un acide bon pour nettoyer tous les bois des langages totalitaires.

[...] »

Extraits du compte rendu paru dans la REVUE ÇA PRESSE, N°54 - URDLA éditions, septembre 2012 → ICI



■ ■

Georges-Henri MORIN
Écrivain, poète

dessinateur, éditeur ~



■  PUBLICATIONS  ■



Sa découverte du surréalisme en 1965 oriente nombre de ses rencontres et amitiés.

◘ 1970-1976 : participe au BULLETIN de LIAISON SURRÉALISTE, et SURRÉALISME (1977) avec Bernard Caburet et Vincent Bounoure

◘ 1994-1998 : quelques textes dans LE CERCEAU aux côtés d'Alain Joubert et de Pierre Peuchmaurd

◘ 1977 : 'LE CERCLE BRISÉ', Payot (sur l'image de l'indien dans le western)

◘ 2003 : 'LES COMPTE-FILS', éditions de l'URDLA (8 gravures de G-H Morin sur japon nacré et textes poétiques sur cannabis) → compte-rendu ici

◘ 2005 : LES SEPT NAINS, Myrddin

◘ 2008 : UN PAYS ÉNONCÉ, Myrddin

◘ 2010 : ZONE FRANCHE, éditions de Surcroît

◘ 2012 (ACTUALITÉ septembre) : LES LITS CLOS, Poèmes et dessins, COLLECTION de L'UMBO - Série PASSAGE DU SUD-OUEST → Compte rendu ici 

5 euros (port inclus) → Toute commande et correspondance à Jean-Pierre Paraggio, 23 rue des Princes, 31500 Toulouse



■  CONTRIBUTIONS
AUX REVUES  ■


◘ ÇA PRESSE, URDLA : des textes dont, entre autres :

• 'ON NOUS ECRIT D'EGYPTE (en rêvant sur quelques mythes)' : Revue ÇA PRESSE, N°48, mars 2011 → lecture ici

'SANS FAÇON' : Revue ÇA PRESSE, N°52, mars 2012 

• 'LIBERTÉ D'ASSOCIATION' : Revue ÇA PRESSE, N°54, septembre 2012 → lecture ici


◘ LES CAHIERS DE L'UMBO : des poèmes dont, entre autres :

• 'UNE PRÉSENCE FÉMININE' : Poème paru dans Les Cahiers de l'Umbo N° 12, Décembre 2009 → lecture ici


◘ L'IMPROMPTU : des textes, des illustrations dont, entre autres :
Une encre 'Mais aussi frappé d'ostracisme ' → ici


◘ L'OR AUX 13 ÎLES ; CONTRETEMPS



■  DESSINATEUR – ÉDITEUR  ■



Il a illustré divers ouvrages :

ÉDITIONS DE SURCROÎT (c/o Georges-Henri Morin 28 rue de l'Annonciade 69001 LYON)

16 euros, l'ouvrage :
• LE SECRET SECRET de Laurent Albarracin, 2006
• ALICES, de Pierre Peuchmaurd, 2008
• HISTOIRE du MOYEN ÂGE, de Pierre Peuchmaurd, 2009 compte-rendu ici

N.B : Les Éditions de Surcroît ont été saluées, aux côtés d'autres microstructures, pour leur notable travail de défense de la poésie. (- Le Monde, 25/05/2012 – Article d'Éric Chevillard)


URDLA ÉDITIONS

• LE 31 JUIN, de Vincent Bounoure, 2011 → compte-rendu et coordonnées ici







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire