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mercredi 27 avril 2011

Pierre PEUCHMAURD par Laurent ALBARRACIN - Collection Présence de la poésie - Editions des Vanneaux, 2010



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'Pierre Peuchmaurd' par Laurent Albarracin 
Photo de couverture : Antoine Peuchmaurd




«La poésie – ou plutôt le poème – ne doit rien au rêve. À la rêverie, peut-être, et alors à la divagation, si vous voulez. En vérité, je ne crois pas qu'elle se fasse ailleurs que sur les lèvres, dans la voix, au hasard de sa venue qui, chez moi, se produit presque toujours en marchant et à l'aperçu, à l'entrevu de quelque chose. De quelque chose de réel. La "nature" qui se dit alors est évidemment le territoire réel – souvent le plus familier, quelquefois celui du voyage tel qu’il se révèle à lui-même et à vous dans cette entrevision. Il y a un autre monde, vous savez : il est ici et ne demande qu’à apparaître.» Pierre Peuchmaurd


 
'' Pierre Peuchmaurd '' ouvrage important (près de 300 pages) signé par Laurent Albarracin, et paru en avril 2011 aux Editions des Vanneaux, permet de se plonger dans l'oeuvre dense de l'un des poètes majeurs de notre temps, à la voix autant unique que somptueuse.

Brillant, le texte de présentation et d'approche critique du poète Laurent Albarracin excelle à cerner le « champ d'action : champ et chant de l'être » de la poésie de Pierre Peuchmaurd (1948-2009), dans des développements, remarquablement précis et pointus, s'attachant aux thèmes palpitants de cette oeuvre superbe : l'amour, la poésie, le rêve, le bestiaire peuchmaurdien (caractérisé par son abondance), la merveille et la mélancolie, l'évidence et le vide.

Le poète Peuchmaurd chemine littéralement avec le poète Albarracin qui cerne très finement la portée et les résonances de la voix de son ami, et nous les délivre avec infiniment de justesse.
Dans le texte d'ouverture ''Pierre Peuchmaurd, témoin élégant'', Laurent Albarracin note : «  La poésie de P. Peuchmaurd est une poésie de l'évidence, du moment de grâce où le monde apparaît en son éclat douloureux et joyeux, avide (. . .). Elle ne construit pas, il lui suffit de voir (. . . ) La poésie sera le reflet du monde porté à ses contradictions les plus élémentaires, jusqu'à la dérision, en une sorte d'oeuvre au noir alchimique où les choses s'exacerbent et se maintiennent, s'intensifient et se réalisent selon une logique qui constitue l'ordre normal du monde et d'où le poète est quasiment exclu, ou du moins relégué au rôle de l'observateur impuissant et bouleversé. Pour Pierre Peuchmaurd, tout fait surprise, et il n'est que de l'étonnement à ajouter à la surprise. Les poèmes alors transcrivent cette facilité confondante qu'ont les choses à être, qui proprement nous défait, nous laisse hagards et conquis (. . . ) »
«  (. . . )
L'eau tire sa chaîne
et le soleil la suit
Tout ce qui vient
emporte-le en le laissant  »

Laurent Albarracin s'arrête, pertinemment, sur ce double, voire multiple éclat de voix : « Emporter les choses en les laissant, voilà qui est voir, et voilà qui est une sage et décisive indécision. Le témoignage, l'élégance du poète sont dans cette sorte d'insouciance attentive au monde, d'inquiétude contente, de désillusion qui serait mariée à l'aisance, de refus d'ajouter quelque chose à l'étonnement ».

Parlant des bêtes habitant et respirant dans cette poésie, Laurent Albarracin nous dit : « .( . . ) Les animaux sont des figures de l'enfance du monde, de cet âge antérieur et intérieur au monde. (. . .) Ils brillent d'un or poisseux, d'un sang qui est l'éclat des sources déchirées de l'être ».
« Le faisan
crie dans le feu
qui le fond »

Et de ce magnifique extrait du recueil ' Le bel endroit ' de P. Peuchmaurd :

«  Mais vient la fille aux seins de pierres levées
aux jambes de blé aux yeux d'eau froide
La fille glorieuse de ses naissances
qui va crier sous le cyprès . . . »

L. Albarracin dénoue ' l'histoire ' du désir : «. . . Les filles précipitent les choses. Malgré elles et toujours avec ce glaçant naturel (leurs yeux d'eau froide). Elles font choir le monde et le rendent inatteignable. C'est cela le désir : un mouvement contradictoire de sidération (de fascination) et de désidération (on retombe à terre, désirant) ».

Entendons plus loin, la voix étincelante de Pierre Peuchmaurd, soulever la crue de l'été.
« Juillet au ventre d'or, aux brasiers d'huîtres et de pavots. Juillet lointain par l'Equateur.
Juillet de foudre dans la main, de petite pierre calcinée vive. Juillet du rouge des litanies ».

Et regardons Laurent Albarracin, toucher ' les touches étoiles ' (*) de cette grande voix, avec une aura de finesse : « . . .Les mots sont entourés d'un halo particulier, d'une humeur indéfinissable et précise, comme s'ils étaient véritablement environnés de la saison qu'ils nomment et du climat propre à chacun d'eux, comme s'ils étaient teintés de la couleur des jours vécus, lestés du poids de l'impondérable du temps qui passe ».

A lire encore les nombreux poèmes et textes, soigneusement choisis et mis en ordre par Laurent Albarracin afin que se déploie la richesse incomparable de l'oeuvre, ce qui frappe aussi chez Pierre Peuchmaurd est une ligne à se soucier des rondes de la poésie devant les métamorphoses. Voilà une poésie en voyages avec la créature de l'air dans sa chevelure de chasse. Marche suprême du miracle du désir occupé, pour le dire, de l'encre sur le front : cette fille de l'espace. En un frisson gaufré, ventre à salive, l'illimitée caresse du tour du monde, sur sa pointe fleurie, emporte tout en plein jeu. « L'électricité à la campagne est un chemin de plumes, une barrière de cristal, une fleur rousse dans la nuit. On ne la retient pas. Elle court dans les chevaux, frise la note du crapaud et défraie la colline. On la saisit aux ronces. C'est le bleu des lavoirs, des décompositions ».

La racine d'être là, par les mains de l'autre, s'avance sur l'anneau du visage à claire-grâce. Doigts entre le coeur et la fente des larmes. Nous, . . . éblouis, même lorsque l'Homme ne peut marcher heureux sous le harpon.
« Perçant l'âme vient la foudre.
Elle m'a seulement jeté ses yeux,
Vers ma face nue tourné la sienne,
N'a pas compté l'or et le temps.
       Une, aussitôt, la foudre.
Elle m'a donné ses cuisses,
Les gestes de l'orage
Et dans un jardin noir
Brûlait une herbe noire.
       Il n'y a pas de lendemains de foudre. »

La crainte du soleil de l'ange, déserté des enfances, est un savoir, quand une arête, dehors et cynique, est la seule fleur du temps. Ce regard de cuir blanc, quand nous étions petits et ermites avec des ailes en cercle, se propage.
« On a vu des anges cannibales (. . . )
Ils saignent par la langue. ça fait une écume
rose de fleurs et de mouches
(. . .)
Ni le mur rose, blanc ou noir de la chair,
l'insensé globe des yeux,
ni la soie de l'épaule, de l'aine ou de la haine,
ni l'or des joues ou du genou,
ni la baie rouge du coeur -rien, ils ne laisseront rien.  »

Le monde d'aurore roux puissamment obscur devenant bientôt obscurément cheval gris de temps usé. Le vitrail des ombres baisse et monte sa folie au souvenir des morts. Avec son action : soupir délicat roulant vers et avec les fantômes honorables. « C'est une ombre. Des mains obscures éclairent sa route; sous la lune chatoient les chats morts. Elle ne sait pas où va la route, elle ne sait pas qu'elle est une ombre, où sont les mares. Des billes de brume tintent dans ses poches. ».

Jusqu'aux semelles des histoires, brûle le jour à noyer d'abattoir. L'évasion dans la trouée du désespoir est banale. « Le temps qui fouille dans ses cendres » : je l'ai vu quand je l'ai dit; vous aussi, vous le voyez. Tout le monde le voit,   a assuré Pierre Peuchmaurd, dans un entretien avec Olivier Hobé. Vient de la tache : le vautour bien vivant dans sa tête sans nombre. D'un trait ancré dans les mimiques du sable, des ogres digèrent le corps des pentes noires. « Ferrée la guêpe / et ses poumons de porc / ce qu'elle mange et comment ».

Trois choses : les plaies des sabots, la bouche plus rouge, la fourche qui fait surface, laissent leur grand cri crié. D'amour fragmenté, serré sombre jusqu'au gai repos, au fil du rire intercesseur. 

«  Si vivre était la raison de vivre
nous saurions parfumer
la grande odeur mouillée
et dorer la peau blanche
Mais vivre
n'est la raison de rien
ou seulement de ton rire
devant ce bol de sang »

Ecouter qui est auprès de nous, revêt au fond, des altitudes : un demain des multitudes. C'est beaucoup de lumières, goutte à goutte, et le premier envol de leur emplacement dans la preuve du lendemain. « On suit l'ombre qui nous précède, ça dure depuis toujours et le soleil n'y est pour rien. Parfois, c'est l'ombre d'une femme et parfois c'est l'ombre d'un rat, et toujours c'est l'ombre d'un ange. C'est très facile à suivre, il y a du sang partout ».

Un sourire, quand le pied vient épousant saint vagabond fragile « Dans les gares, de grands lions se croisent. Il y a qu'ils ont peur ».

Les tétons du poème font un nid de soie aux muscles du rêve « Mais il n'y a pas à dire, mai est un joli mois; on le compte sur les doigts. Les milans volent gaiement, volent gaiement, volent gaiement. » En plein ciel, le tressaillement à pas lents, aux couleurs de nuances profondes, tombe sur la terre qui marche en eaux bleues. « La mer éteinte, il y avait des ours bleus dans les îles et le roi s'appelait comme eux et maintenant il dort ».

Des grilles restent avec la comète de la main appelant la matière des yeux. Sans feindre les blancheurs des boues, le goudron des songes mesure, oeil pour oeil, la mélancolie. L'image de l'orientation du poing, dans l'intact, sort du ventre vêtu.
« Attention, c'est là que je travaille
Dans l'écrasée tulipe
dans la rouille du volet
sous l'aile claire de la proie

c'est là que j'oeuvre à ne rien dire
puisque l'eau se résigne à boire
le sang des tanches le fil du temps  »

Les noces des voyages, avec cette 'question' au bord : « ça lui déchire le coeur », sont un premier langage qui s'entremêle aux parfums d'origine. « L'air c'est le jour, et la nuit c'est de l'eau, toujours. Pour le fer et le feu, mordez la terre, mordez les morts, mordez les filles et leur vigne rouge ».

Sang, de race framboise mûre, la trace des plongées pose son incendie. Des bagues de floraison font oeuvre quotidienne sur la couche de rosée des cuisses. Grande liberté phosphorescente mordue à même son lit. « Petites chèvres de mer, soeurs rousses de ta légende, et les faucons au front de neige, les accalmies, le vert roman des roses. Puis les mûres bleues, l'outrage, les loups et l'impatience, l'anneau de ton plaisir.  » Faim du sucre des absences, à la porte de divinités rougies dans le galop. « Qu'est-ce que que c'est, au fil de l'eau, sur l'eau, cet oiseau vert phosphorescent ? Je crois que c'est toi. Et si ce n'est toi, c'est quelque graal de verre ».

L'écaille des roses célèbre une table de lèvres au bûcher. ''Jours en allés'' soufflent leur nom de tulipes populaires qui sauvent du miel brisé « Ici la vie broyait ses couleurs / ici la mort est chose ancienne, / elle veille sur nous ». Le monde peuchmaurdien est offert à la mort la plus immergée qui est la vie : il va faire beau en océan mugi. « Il fait de plus en plus beau. Ça s'arrange sauvagement  ».

Un cahier de photographies très touchant, car soigneusement composé, nous rend cet immense poète encore plus proche. Pour nous permettre de suivre, pas à pas, son parcours poétique, passionnant de ses raisons vivantes : repères biographiques, entretiens déterminants et documents précieux ainsi qu'une bibliographie détaillée nous éclairent parfaitement à clairs propos. D'ailleurs, comme faisant irruption, Pierre Peuchmaurd déclare : «  mon goût profond m'a toujours tenu à l'écart des poésies rhétoriques ou ''du quotidien'', par exemple, qu'à tort ou à raison j'assimile à la littérature, et fait privilégier une poésie qui ''donne à voir'', riche d'images, portée par l'analogie et la portant. Lyrique aussi, je veux bien qu'on l'appelle comme ça. Une poésie intraduisible en prose ». Et, une fois le livre refermé, nous emportons, avec force assentiment et ravissement, ce haut portrait si beau et délicat, d'une évidence tout en intensité, posé par L. Albarracin : « Pierre Peuchmaurd est un maître du scrupule : il ne touche jamais qu'avec les yeux et voit le monde intact ».

Enfin, il faut rappeler que la Collection ''Présence de la poésie'' de ces Editions est proche dans l'esprit ( auteurs aux écritures très exigeantes, conception du livre) de la Collection renommée '' Poètes d'aujourd'hui '' chez Seghers (arrêtée en 2007).

Avec la parution de cette belle anthologie, voici venu le temps de lire ou de relire encore davantage Pierre Peuchmaurd pour le rencontrer enfin, ou à nouveau, tout enchanté(s) de pouvoir saisir dans sa poésie plurielle, tant d'empreintes de la perfection.


Isabelle Dalbe



(*) « La touche étoile » titre d'une section du recueil Scintillants squelettes de rosée, Editions Simili Sky, 2007


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Autres lectures de cet ouvrage : 


par Denys-Louis Colaux, poète ~



«  (. . .) Remarquablement conçu, intelligemment présenté, ce passionnant florilège, dans la perspective de la découverte et de la perpétuation de l'oeuvre, s'impose comme un livre indispensable. Il est merveilleusement habité par le génie du poète et s'impose comme l'ouvrage de référence, la boussole idéale pour qui souhaite s'initier à la poésie de Peuchmaurd. La présentation d'Albarracin est particulièrement inspirée. Il faut savoir gré au préfacier (sans doute parce que remarquable lecteur, il est aussi un poète) de cette introduction subtile, alerte, nuancée qui finit par dégager, vraisemblable et nette, une très belle silhouette poétique (. . .). Des choses essentielles sont écrites sur le poème peuchmaurdien (. . . ) ».

D-L Colaux, extrait 

Pour accès à l'article complet → ici 




par Jacques Josse, poète 
et éditeur des éditions Wigwam  ~ 



« '' La poésie, elle, naît de l’unité du monde et la prouve. La transformation de la matière est sa matière. Elle dit le corps de l’homme, le cœur des bêtes, le vide des ciels, " le lait noir des légendes ". Elle ne porte que la voix du désir, et les poètes par où elle parle sont des accidents du désir '' .

Ce qu’écrivait Pierre Peuchmaurd, en préface au Château Périlleux de Jean-Yves Bériou (L’escampette, 2003), pourrait, mot pour mot, s’appliquer à sa propre poésie. Pas besoin d’autres clés que celles qui ouvrent au désir pour entrer dans celle-ci. La langue y est sûre et simple. Les mots et la syntaxe le sont aussi. La métaphore s’invite le long des routes. Elle les borde et puis déborde. Il faut flâner, avancer. Le poème respire, se pare d’air pur et de grande légèreté. La plupart du temps, il vient de loin. Mûrit dans une paresse féconde. Décide seul de sa venue en empruntant des chemins de traverse sur lesquels des animaux fabuleux se promènent également. (. . . )

« On ne me voit pas souvent devant une page blanche – ce qui m’épargne, à ce que je crois comprendre, bien des angoisses. Et, bien sûr, ce n’est pas une heure d’embauche, c’est un coup de grâce qui vient quand il veut, souvent quand je suis le plus absent à moi-même et à toute idée d’écriture ».

Ces moments brefs, suscités « presque toujours en marchant et à l’aperçu, à l’entrevu de quelque chose », ces moments qui conduisent au poème, Laurent Albarracin en parle on ne peut mieux, évoquant à travers eux « une poétique du lâcher prise », dans le bel essai qui permet d’entrer dans le premier livre consacré à l’œuvre de Pierre Peuchmaurd. Il suit pas à pas le parcours de celui qui fut l’un de ses amis, « témoin élégant », décédé en avril 2009, en s’arrêtant posément sur tous les éléments qui aident à mieux éclairer son écriture. Cela va bien sûr de ses liens avec le surréalisme (« le surréalisme a été, reste une des passions de ma vie, et certainement son axe moral ») à la présence toujours vive (et parfois sur-réelle) des animaux au sein de beaucoup de ses poèmes en passant par sa fascination pour le cycle du roi Arthur. « Le fils de l’ours et de la pluie, le chevalier rouillé, c’était moi. » (Arthur ou le système de l’ours, (L’éther Vague / Patrice Thierry, 1994). (. . . )  » 

J. Josse, extrait

Pour accès à l'article complet ici



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Laurent Albarracin, 'Pierre Peuchmaurd', Collection Présence de la poésie - Éditions des Vanneaux


18 euros / Participation aux frais d'envoi France 2 € par ouvrage


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