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lundi 11 avril 2011

' Des êtres sur nos routes ' - Pierre Peuchmaurd parle de Valentine Penrose

 
' Des êtres sur nos routes ' est une nouvelle rubrique du blog.
Afin de voir le monde dans des accolades qui battent naturellement, et ouvrent vers les savoirs électifs, Isabelle Dalbe reçoit des poètes ou des artistes, vivants ou non, parlant de personnes appréciées.


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Pierre Peuchmaurd (1948 – 2009), l'une des voix poétiques les plus captivantes de notre temps, est le premier invité. Cet ''entretien fictif'' s'appuie exclusivement sur des extraits des propos du poète, parus dans son ouvrage Colibris et Princesses – Chapitre : Valentine Penrose - paru en 2004 aux Editions L'Escampette, et reprend des fragments du poème 'La voie Valentine' -du recueil Parfaits dommages et achèvements – Éditions L'Oie de Cravan, 2007.





 

Pierre Rojanski 'La voie Valentine' – Collage –
Source de la photo : Revue Empreintes N°13


Le poète Pierre Peuchmaurd a dédié un de ses plus beaux poèmes à Valentine Penrose : La voie Valentine, éd. Myrrdin, Brive, 2001 (avec ce collage de Pierre Rojanski), texte repris in Parfaits Dommages et autres achèvements, éd. L'Oie de Cravan, Montréal, 2007.

  
I.D : Pierre Peuchmaurd, vouloir voir ou revoir le monde, les gens, dans des accolades qui battent naturellement, revient à dire que nous sommes attentifs aux êtres dont vous avez croisé la route, et sommes curieux des raisons vous ayant conduit à les élire essentiels voire indispensables, vous-même devenant, au-delà de votre lien à leur personne, dépositaire de savoirs électifs.
De l'être aux choses il y a son parfum, et inversement. Aussi, pouvez-vous nous indiquer l'une des quelques choses que vous emporteriez si vous deviez tout quitter ?

P.P : Le dernier livre de Valentine Penrose 'Les Magies' (1972). Cascade violette et feu de gorge sèche, ce recueil pour moi infiniment, indéfiniment admirable, est à la fois le point d'orgue et la brisure d'une longue exaltation amoureuse.

I.D : Donc un livre qui étreint. Pouvez-vous nous dire plus précisément qui était Valentine Penrose ?

P.P : Elle offrait des fleurs aux femmes, des oiseaux aux oiseaux. Elle marchait nue dans les déserts. Née Valentine Boué, à Mont-de-Marsan, en 1898, elle n'est pas anglaise, comme certains s'obstinent à le croire, même si c'est bien en Angleterre qu'elle mourut à l'âge de quatre-vingts ans. Elle a habité un temps une forteresse du côté d'Auch. Elle a vécu en Inde, voyagé dans l'Himalaya. En octobre 36, elle part pour Barcelone rejoindre les rangs du POUM. Pendant la guerre, elle s'engage comme soldat de troisième classe dans les Forces libres, à Alger.

I.D : Ainsi une femme à l'assaut, en beaucoup de circonstances ! Et qui ne peut que mettre en alerte et / ou subjuguer ?

P.P : Valentine Penrose a vécu ( . . . ), a voyagé ( . . . ), s'est engagée (. . . ). Ce n'est pas rien me semble-t-il.

I.D : Avec Valentine Penrose, nous sommes dans la dimension d'une dépense à fond. Celle-ci à la mesure de son investissement fonceur, et sur tous les fronts. Alors comment expliquer ce long et surprenant silence autour de sa personne ? Quelle était, entre autres, sa place au sein du surréalisme ?

P.P : Je me suis toujours étonné du sort qui était fait à Valentine Penrose à l'intérieur du surréalisme français, c'est-à-dire qui ne lui était pas fait. Absente des histoires, des mémoires, absente de la plupart des anthologies, elle est, en outre, réduite à la portion congrue dans le numéro d'Obliques consacré à « La femme surréaliste », où l'unique page la concernant est en partie occupée par une très inutile citation de Bataille. Or, il se trouve qu'entre autres choses Valentine Penrose est l'anti-Bataille : elle préfère les femmes à Dieu, la liberté à la transgression, la nature au bordel. Passons. Le fait est qu'un profond silence a fini par ensevelir une des œuvres poétiques les plus fines que je sache. Il semblerait que deux préfaces d'Eluard, la complicité de Paalen et de Miro n'impressionnent plus personne. Jusqu'en 2001 (réédition par les Éditions Joëlle Losfeld de l'œuvre poétique complète de Valentine Penrose, sous le titre consternant de Écrits d'une femme surréaliste ), à l'exception de La Comtesse sanglante, aucun des rares livres qui composent l'oeuvre de Valentine Penrose n'avait jamais été republié.

I.D : Les deux préfaces d'Eluard nous font supposer que ce dernier aspirait à ce que l'on gagne et regagne cette poésie ?

P.P : Dans le premier recueil de Valentine Penrose, « Herbe à la lune » de 1935, Eluard décelait « un langage déraisonnable, indispensable ». Pourquoi déraisonnable ? Parce qu'il est luxueux. Indispensable donc. Rarement, c'est vrai, le corps, le désir auront été aussi subtilement ornés que dans cette poésie. Le cœur, lui, « tout enchanté de longtemps / le cœur dans sa grotte pend ». Visant le plus souvent l'autre féminin, le désir est le grand événement de la poésie de Valentine Penrose (. . . ). L'amour, celle qui scrutera plus tard l'âme terrible d'Erzsébet Bathory le regarde en face, à la face «  grand visage de roche et d'herbe / si noir montré que je ne crains plus ».

I.D : La poésie de Valentine Penrose semble regarder les fureurs de l'amour, en franchissant le mur du son !

P.P : Valentine Penrose court comme l'eau dans le feu. Cette poésie si soyeuse, si diaprée, a le secret sur les lèvres et elle le dit. Elle cache aussi – ou plutôt voile pour qu'on les dévoile – d'incroyables brutalités, une sauvagerie presque illimitée de la pensée, ses magies, oui, ni blanches ni noires – ce n'est pas la question – mais opérantes, puisque le monde, par elles, est sans cesse rechargé et la misère, toute misère, bannie. Hormis celle-ci, la pire, que dans cet amour dont elle est l'une des plus probantes incarnations, Valentine déclarait ne mettre aucun espoir.

I.D : Vous abordez - en insistant, La Comtesse sanglante. Ce livre, son reflet, ses reflets en déluges hors la loi catapultent les limites humaines ?

P.P : La Comtesse sanglante : ce grand livre de fer, où c'est le monde entier, l'entier monde naturel qui bruit et bat, palpite et brûle. Pas une seule fois dans ce qui est par ailleurs une impeccable évocation historique, Valentine Penrose ne baisse les yeux devant son médusant modèle, l'impossible Erzsébet Bathory, comme celle-ci, pas une fois, n'avait baissé les yeux devant l'enfer qu'elle déchaînait. On est ici très loin de Bataille et de Gilles de Rais, et de leurs perpétuelles recherches d'accommodements. L'enfer doit se regarder fixement parce qu'il est l'évidence. S'il est l'évidence, il est aussi admissible. Il faut le dire précisément, et cela seule la poésie peut le faire, qui est le seul instrument de précision dont dispose la pensée.

I.D : Alors, Valentine Penrose : poète ou écrivain ?

P.P : Ce livre suffirait à la désigner comme un « écrivain » de premier ordre; je préfère le voir comme un de ces grands poèmes venus de la nuit des âges, météorite de cristal rouge errant et revenant toujours. Il n'y a pas plus énergique que la poésie de Valentine Penrose, je ne suis pas sûr que cela ait été vu.

I.D : Pierre Peuchmaurd, dans votre livre ' Le pied à l'encrier ' vous écrivez : « Lire à l’œil, avec l’œil. Être le regardeur de ce peintre qu'est le poète » (*). Regardant Valentine Penrose, que voyez-vous à lire à l’œil, avec l’œil . . . de chair ?

P.P : Eluard, préfaçant les très énigmatiques Dons des féminines, se demande : « Suis-je tellement moi-même ? » Plus d'une fois, lisant Valentine Penrose, à force d'y trouver tout ce que j'aime, je me suis posé la même question. Je ne serait-il pas une autre – cette autre ? Et ce serait cela aussi, la poésie : l'eau de l'autre à la bouche.

I.D : En 2007, les Éditions L'Oie de Cravan ont publié votre recueil de poésie ' Parfaits dommages et autres achèvements ' où apparaît votre long poème mobile s'emportant - emporté à longs traits repus, et dédié à Valentine Penrose : La voie Valentine, qui accompagné d'un superbe collage de Pierre Rojanski, avait fait l'objet d'une 1ère édition en 2001.
Dans et par votre voix, cette ' voie ' luit d'eau tremblée où s'en venir boire l'élixir du visage de V. Penrose nous effleure. Je vous cite :

« C'est la voie Valentine
la forêt violette
C'est l'heure brune à l'envers
et son rire de lézards
( . . . )
Valentine va légère
elle se pend au plancher
tire sa langue de pain noir
et de velours et d'eau,
sa langue de chaînes dans le matin
Valentine va légère sur la voie Valentine
ses enclumes tintent à ses poignets
( . . . )
Je vois, Valentine, les cercles pâles de vos journées
je vois ce qui les brise :
l'arc, la queue du renard, les tours d'angle
et les filles
un volet claque dans vos cheveux
une porte s'ouvre entre vos seins
( . . . )
La voie Valentine
c'est la forêt violette, l'ours amer du charbon
(. . . )
La voie Valentine passe entre des fruits rouges
des rochers douloureux
s'arrête aux fronts de ciel
La voie Valentine va du val aux courtines
traverse les cours et les retours
elle passe les bêtes de la lumière
et tous les jours
un hennissement ferme vos yeux ô Valentine
qui faites frémir les filles et les grands marins roux
( . . . )
Par la voie Valentine passent des cargos de plumes
des dialogues de fumées
ses bleus sont jaunes, ses soleils gris
et tout échange son nom
sur la voie Valentine
( . . . )  »

P.P : «  Madame qu'as-tu fait aux gens
Pour qu'ils t'aiment et ne t'aiment pas »
Il n'y a pas plus énergique, pas plus mélancolique que la poésie de Valentine Penrose.

I.D : Pierre Peuchmaurd, pouvez-vous, voulez-vous nous faire partager le mouvement qui à votre sens dialogue de manière décisive avec la poésie de Valentine Penrose ?

P.P : La voix Valentine m'a cassé le cœur, net.


Isabelle Dalbe


L I E N S : pour accès aux trois ouvrages de Pierre Peuchmaurd, ' outils ' de cet entretien fictif :


1- Colibris & Princesses – 2004 - L'Escampette Editions → ici

« Pierre Peuchmaurd, très actif sur les terres héritées du surréalisme, a animé les éditions Myrddin et a été l'un des fondateurs de la revue Le Cerceau, fidèle à l'esprit des revues et bulletins de liaisons surréalistes. Mais il est surtout un écrivain remarquable et un poète d'une haute exigence, tenu par quelques connaisseurs discrets, dont l'excellent Jacques Abeille, pour l'un des plus intéressants aujourd'hui » L'Escampette, Editeur




2- Le Pied à l'encrier – 2009 - Les Loups sont fâchés Editeur  → ici

« Pierre Peuchmaurd rencontre André Breton et les derniers tenants du mouvement surréaliste à seize ans. Il écrit et publie depuis l’âge de dix-huit ans. C’est une des grandes voix poétiques de notre époque.
Ce recueil inédit regroupe les notes prises par l’auteur pendant quatre ans à la lecture de tel classique, de tel poète, mais aussi des articles de presse, des caquetages médiatiques, du temps qu’il fait et du temps qui passe. Avec une hyper-subjectivité parfaitement à rebours des modes actuelles, il nous enseigne comment parler des livres qu’on a lus. » Les loups sont fâchés, Editeur




3- Parfaits Dommages et autres achèvements – 2007 – L'Oie de Cravan, Editeur → ici

« Pierre Peuchmaurd est né à Paris en 1948 et est décédé le 12 avril 2009 à Brive. Il aura vécu près de 40 ans en Corrèze où il animait les éditions Myrddin. Son écriture et sa vie s'inscrivent dans la continuité de la démarche surréaliste avec une voix et une sensibilité uniques. Son oeuvre poétique, abondante, commence tout juste à être reconnue pour l'une des plus justes, les plus fortes, de ce temps.» L'Oie de Cravan, Editeur




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Pour aller plus loin avec Pierre Peuchmaurd, sur ce site → ici 


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PROCHAIN ARTICLE . . . Anthologie des poèmes de Pierre Peuchmaurd, parue ce début avril 2011, dans la collection Présence de la poésie aux éditions des Vanneaux




 Pierre Peuchmaurd 
© Photo Antoine Peuchmaurd


La poésie « est évidemment le territoire réel – souvent le plus familier, quelquefois celui du voyage tel qu’il se révèle à lui-même et à vous dans cette entrevision. Il y a un autre monde, vous savez : il est ici et ne demande qu’à apparaître.» Pierre Peuchmaurd


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Pierre Peuchmaurd
par Laurent Albarracin


Éditions des Vanneaux
Collection Présence de la poésie
64 rue de la Vallée de Crème
60480 Montreuil-sur-Brèche

SITE → ICI 
Prix 18 euros





Sur ce blog : Hommage permanent à Pierre Peuchmaurd (photos et bibliographie) → ici






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